Brodeuses

Publié le par Jeanne Ulet

Brodeuses

S’il y a un loisir que je préfère, la lecture et l’écriture étant hors course, c’est la broderie. Point compté, broderie à l’ancienne, broderie Richelieu, point d’Assise, ça me prend par période. Dans ces cas-là, je suis capable de vous broder une nappe, des mouchoirs à vos initiales, et de tapisser des fauteuils (OK là j’exagère, ce n’est pas la même technique).

On m’a offert un nouvel ouvrage pour Noël. Il est magnifique, bien long et complexe comme je les aime, mais vous connaissez les passions. Quand on veut en savoir plus, on va sur internet. C’est donc ce que j’ai fait. J’ai tapé « Brodeuse » dans Google, et là, surprise !

J’ai découvert un film.

Il était une fois, dans la France profonde…

Brodeuses est une production française de 2003, réalisée par Eleonore Faucher (à qui on doit également le téléfilm Les Déferlantes, adapté du roman du même nom) et durant environ une heure et demie. Lola Naymark y incarne une jeune fille de 17 ans (elle avait alors une vingtaine d’années) nommée Claire. Elle partage l’écran avec Ariane Ascaride, jouant Mme Mélikian.

Claire enceinte d’environ cinq mois. Pourvue d’une magnifique chevelure rousse, elle habite dans une petite ville de campagne, dans un appartement qu’elle loue. Ses parents, couple perpétuellement en crise, logent un peu plus loin et cultivent des choux qu’elle vole pour les échanger contre des peaux de lapins.

Comment ça finir en broderie?! Moi ? (et il faut préciser que ces laisses ne servent absolument à rien...ils s'en défont très vite !)

Comment ça finir en broderie?! Moi ? (et il faut préciser que ces laisses ne servent absolument à rien...ils s'en défont très vite !)

Sa passion, c’est la broderie. Caissière de supermarché pour payer le loyer, elle utilise son temps libre pour créer de magnifiques motifs bien éloignés de ce qu’on peut trouver en mercerie. Dieu seul sait comment elle l’a appris, mais son truc à elle, c’est la broderie d’art. Celle qu’on peut voir sur les robes des grands couturiers, où on incruste des sequins et des morceaux de fourrures (d’où les poils de lapin), celle qui se vend à prix d’or.

Personne d’autre n’est au courant pour sa grossesse que sa meilleure amie Lucile. Claire veut accoucher sous X, mais son état commence à se voir et elle doit quitter son travail. Alors elle ment, et trouve un emploi – au noir chez Mme Mélikian. Mme Mélikian qui a perdu son fils quelques semaines plus tôt, Mme Mélikian, brodeuse pour de grands couturiers tels que la maison Lanvin.

Les deux femmes s’apprivoisent peu à peu. Mme Mélikian est seule depuis la mort de son fils. Claire se rapproche d’elle, lui rend visite à l’hôpital lorsque besoin est, quitte à la considérer comme plus proche que sa véritable mère. Mme Mélikian lui apprend un peu de cuisine arménienne, elle ne pose pas de questions, tandis que Claire accepte peu à peu son état et questionne sa décision d’accoucher sous X.

La broderie, c’est sexy

J’avoue avoir mis ce titre pour racoler. Il n’empêche que Brodeuses montre une facette tout à fait différente de cet art. Le niveau professionnel. Celui qui s’apprend en théorie avec un diplôme d’un ou deux ans, mais qui demande en réalité des années d’expérience avant de le maîtriser à la perfection.

Lorsque je brode, ça donne ça :

Oui oui, j'ai fait ça en trois semaines :)

Oui oui, j'ai fait ça en trois semaines :)

Claire, elle, fait ça :

ça en jette non ?

ça en jette non ?

Avouez que c’est un peu le jour et la nuit. Je brode à l’aiguille sur un modèle de mercerie, elle fait sur l’envers, au poinçon, et dessine ses propres modèles. La classe (mais si vous dites que mon oiseau est bien quand même, je vous vénère pendant une semaine).

…Plus sérieusement. Le film est français, il a été primé à Deauville, à Cannes, et a reçu un prix Lumières. Il est donc, comme vous pouvez vous en douter, plus axé sur la qualité de la réalisation que sur la volonté de crever les scores comme Titanic (qui tenait le record à ce moment-là). De ce côté-là, il honore parfaitement son contrat. Un ton calme, posé. Un peu de sexe sans tomber dans la vulgarité. Des questionnements profonds. Une histoire d’amour.

Brodeuses a l’avantage de montrer une facette moderne d’un loisir/métier considéré comme digne de nos grand-mères. La broderie existe depuis l’antiquité, mais elle est encore utilisée par de grands couturiers (ça ressemble parfois au dessin du tissu tellement le travail est précis). Le film manque cependant de réalisme en ce que Mme Mélikian travaille chez elle, dans une petite ville de campagne, et ne se rend à Paris qu’épisodiquement.

En réalité, les brodeuses de France sont majoritairement basées à Paris, ou appartiennent directement au personnel dudit couturier. Mais c’est un détail.

On n'en est plus là...

On n'en est plus là...

On peut regretter que le film, malgré son titre, ne soit pas plus centré sur la broderie. Il s’agit davantage du cadre ou s’inscrit l’histoire, pas le cœur de celle-ci. La broderie a probablement été choisie parce qu’il s’agit d’un art peu connu, donc davantage adapté à ce que Eleonore Faucher voulait faire du film. Elle est omniprésente, mais le film pourrait se dérouler dans la pâtisserie que ça ne changerait rien. Le centre de l’affaire reste Claire, sa grossesse, ses doutes, sa transformation physique et mentale.

C’est cela dit bien la seule critique qu’on peut faire au film. Je ne l’ai trouvé que par concours de circonstances, ce genre de cinéma n’est d’habitude pas ma tasse de thé. Trop posé. Trop…français ? (dites-vous bien que ce n’est pas une question de french-bashing, simplement de goût personnel). J’ai cependant passé un bon moment, au calme, reposée. Je commençais mes vacances de Noël, encore stressée, et le film m’a permis de décompresser. C’est une production toute en douceur, sans cliffhanger ni quoi que ce soit d’hollywoodien.

L’histoire pourrait s’inspirer de faits réels que je ne serais pas surprise. Cependant, je pense qu’elle n’a pas touché un grand public du fait de son réalisme. C’est du vrai cinéma. Ça ne cherche pas les entrées. Je le préfère de loin à The Lobster, également vu il y a peu et dont j’ai également fait la chronique.

Et si ce billet vous a plu…n’hésitez pas à me rendre visite sur Le calame et la plume ou Twitter ;)

Bien à vous,

Jeanne Ulet

Publié dans La bobine

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