Acte II, scène cinquième : saute croche

Publié le par Jeanne Ulet

Acte II, scène cinquième : saute croche

- Salut Bora.

- C’est génial !

- Et c’est légal ?

- C’est bon, tu sais que je n’ai pas pu m’en empêcher.

- C’est gentil.

...

- C’est promis.

En sortant de la salle de bains, Diana avait le sourire aux lèvres. Sa nausée était toujours là, mais parler à Bora lui donnait déjà le cœur plus léger. La conversation avait été courte, mais même cinq minutes avec lui pouvaient ensoleiller sa journée.

- T’es là ? Grouille-toi, ça fait dix minutes qu’on te cherche !

Diana soupira et leva les yeux au ciel. Il fallait bien aller répéter maintenant. Le Sacre était une mécanique bien rodée, mais il fallait s’habituer à la scène, son inclinaison, ses dimensions. Comme à Lausanne.

Son malaise la reprit en regagnant l’arrière-scène. Instinctivement, ses yeux balayèrent le parterre. Il ne s’y trouvait plus personne. Quelques danseurs ou membres du staff étaient encore sur le bord.

Mais pas lui.

- T’étais où ? On n’a pas la journée !

Elle soupira sans un mot, dénoua sa queue de cheval, et alla se glisser dans les coulisses. On avait débarrassé les barres, et l’orchestre commença rapidement à jouer l’introduction du Sacre. Fermant les yeux, Diana se concentra. Le premier tableau durait quinze minutes environ. Le culte de la terre. L’Elue n’apparaissait que pour le deuxième, contrairement à Stanislas, mais elle devait se concentrer. Même pour une répétition, elle restait la sacrifiée.

 

***

 

            Le final battait son plein lorsqu’il arriva. Depuis le premier balcon, il ne pouvait pas distinguer les traits des danseurs, mais l’Elue ressortait clairement. Même sans son costume de scène. Depuis sa position, il pouvait voir ses cheveux noirs onduler comme des vagues d’encre de Chine.

            Une compagnie étrangère en tournée était un spectacle permanent. Langue différente, techniques différentes, visages différents. Le Bolchoï jouissait de plus de sa réputation. Finir par Londres était comme une apothéose. Même si elle ne restait qu’un soir, la compagnie déposait sa nouvelle étoile sur la scène de Margot Fonteyn. Elle partait avec un énorme handicap : la réputation des ballets russes reposait sur les épaules de cette petite brindille. On ne lui pardonnerait pas la moindre erreur.

            Son corps épousait le rythme avec audace. Certaines avaient été des Elues sages, stoïques, acceptant la mort. Elle était sauvage, comme si elle se battait jusqu’au bout. Béjart avait-il imaginé sa sacrifiée aussi lascive ? Car c’était ce qu’elle était…

            Silencieusement, il se retira avant que la danse ne finisse. Il ne voulait que jeter un œil ; pour le reste, il verrait bien le soir venu.

 

Salut les gens ! Désolée pour la looooooongue absence. A ma décharge, j'ai un peu beaucoup de choses à faire en ce moment, si bien que mes corrections n'ont...pas avancé du tout. Je vais publier quelques autres chapitres juste après celui-ci pour me faire pardonner !

Bien à vous,

Jeanne Ulet

Publié dans La Fille aux oiseaux

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