Acte II, Scène quatrième : Demi-croche

Publié le par Jeanne Ulet

Acte II, Scène quatrième : Demi-croche

Anna l’attendait sur le trottoir, et c’est après avoir inspiré un grand coup qu’elle descendit dans la rue.

Diana tenta de garder la tête haute lors du chemin dans les dédales des couloirs. A sa grande honte, elle n’en retint rien. Ses yeux glissaient malgré elle de tous les côtés, alertes, craignant d’apercevoir au détour d’une porte la personne qu’elle redoutait le plus. Elle savait qu’elle n’avait rien fait de mal ; en théorie, elle n’avait aucune raison d’avoir peur. Ça n’empêchait pourtant pas ses entrailles de se serrer à l’idée qu’il était là, quelque part. Un peu comme du trac.

- On répète avec l’orchestre dans dix minutes, lança le professeur qui les accompagnait. Diana et Stanislas, vous avez les deux premières loges. Les autres vous êtes un peu plus loin, voyez sur les portes.

Anna lui sourit avant de s’enfoncer dans le couloir. Diana soupira, et suivit Stanislas. Leurs deux loges, pour les invités, étaient placées face à face. Un simple carton imprimé indiquait le nom du titulaire. Alors que Stan disparaissait derrière sa porte, le regard de Diana glissa vers les autres portes, toutes closes. Elles appartenaient aux principal dancers, et portaient le nom de l’occupant sur une plaque argentée.

La coiffeuse, deux chaises, le portemanteau et un petit divan composaient tout le mobilier. Sur la table, une feuille imprimée lui donnait le programme. Il était un peu plus de quinze heures. Echauffement. Répétition à la demie sur scène avec l’orchestre. L’Art de la barre, puis le Sacre. Conférence de presse avec Stan à dix-sept heures, dîner à dix-neuf, nouvel échauffement, maquillage et passage entre les mains de l’habilleuse. Entrée sur scène de la première partie à vingt heures trente.

Avec un peu de chance, il était à l’Institut. Il devait forcément savoir qu’elle était à Londres, mais elle avait de la chance dans son malheur. La Russie médiatisait plus ses danseurs que d’autres pays, mais Diana était assez tranquille en comparaison aux réactions que Meldornov pouvait générer.

On lui avait apporté son sac, et elle enfila sa tenue de répétition sans plus attendre. Pantalon ajusté et débardeur blanc. Cache-cœur pour éviter de faire refroidir les muscles. Diana ne portait pas de nu-pieds, elle aimait sentir la scène en dessous d’elle. Avant de quitter sa loge, elle prit tout de même une paire de chaussettes fines et des pointes déjà brisées.

Stanislas était déjà parti. Elle était presque en retard lorsqu’elle arriva sur la scène. On avait installé de longues barres pour l’échauffement. Après avoir chaussé ses pointes, Diana s’installa dos à la salle. Anna la rejoignit peu après.

- Il y a de beaux morceaux, souffla son amie.

Diana ne répondit pas. La musique avait commencé, et elle suivait, comme les autres, les pliés et développés censés mettre ses muscles en condition. Anna faisait le même numéro dans chaque ville.

- J’ai pas vu ton prof, continua tout de même Anna. Tu penses qu’il va se montrer ?

- Ça m’arrangerait s’il pouvait éviter.

- Il doit être bien foutu…

- …et il a vingt ans de plus que toi. Et je doute que tu parviennes à le supporter longtemps.

Quelques danseurs du Royal Ballet regardaient. Un coup d’œil dans leur direction apprit à Diana que son amie n’avait pas menti. Elle ne s’en calma pas pour autant, mais ses mains avaient cessé de trembler, et elle put enfin se concentrer.

Vingt minutes plus tard, l’orchestre arriva pour L’Art de la barre. On enleva les barres de l’échauffement de la scène pour ne plus en laisser qu’une. Alors que les danseurs se mettaient en place, Diana partit s’installer au fond avec les autres. Elle croquait distraitement une barre de céréales et écoutait d’une oreille les conversations. Ses pointes commençaient à être en bien mauvais état. C’était une vieille paire, faite sur mesure comme les autres, mais qui avait déjà quelques semaines. Pour les grands ballets, Diana usait une paire en une soirée.

- Je te dis qu’il est viré, disait son voisin. Dix-sept ans, et après ? a pas fait salle comble. Sergueï m’a dit qu’on l’a vu discuter avec le directeur, et le lendemain il était parti. D’après Alex, ils vont prendre quelqu’un d’autre à la rentrée prochaine.

- Zanovitch ne risque pas de faire un procès ?

- Faudrait déjà qu’il arrête de boire…

A compter de ce point, Diana n’écouta plus. Elle pensait à ce qu’elle allait devoir répondre aux journalistes. On leur poserait quelques questions sur le ballet, puis petit à petit, ils dériveraient sur sa nomination (Stan disait qu’il ne lui en voulait pas, mais elle le sentait quand même plus froid), et enfin sur le sujet du moment. Vivement la fin de tout ça ! Au moins, à Liverpool, personne ne lui en parlerait. Après, à Moscou, elle se prendrait probablement quelques remarques. Puis ça se tasserait… On oublierait…

- On a un public.

Son voisin lui donna un coup de coude, avant de désigner la salle du menton. Au parterre, quelques personnes regardaient la répétition. Trop loin pour que Diana les identifie, et les danseurs lui bouchaient la vue, mais son estomac se serra. Le groupe se rapprochait, il allait probablement monter sur la scène, et…et si c’était lui…

Sa main glissa vers son index, mais le doigt était nu.

- Toilettes, grogna-t-elle.

Elle n’attendit pas de réponse et partit comme une flèche. Elle n’aurait vraiment pas dû manger cette barre de céréales.

Bonjour à tous ! Je sais, c'est court, mais j'ai l'intention de poster la suite bientôt. Je suis désolée d'abandonner à moitié le blog, mais j'ai énormément de travail à côté. Je n'ai même plus le temps de faire mes corrections...c'est dire.

Anyway, j'espère que l'histoire de Diana vous plaît toujours ! N'hésitez pas à vous abonner pour avoir des nouvelles fraîches en avant-première !

Bien à vous, 

Jeanne Ulet

 

Publié dans La Fille aux oiseaux

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