Les Perroquets de la place d'Arezzo

Publié le par Jeanne Ulet

Les Perroquets de la place d'Arezzo

Vous savez sûrement que j’ai une passion pour Eric-Emmanuel Schmitt. Il a un style de dingue, ses romans sont faciles à comprendre (n’est-ce pas Amélie Nothomb !) et en plus il y a de la réflexion (que les Lévy/Musso en prennent de la graine).

Eh bien j’ai replongé. J’en parlais il y a quelques semaines sur Le calame et la plume pour ceux qui suivent. J’ai fait un très innocent tour à la Fnac de ma ville (je vis en Belgique Flamande, alors le choix de bouquins français n’est pas illimité). Et Paf ! Les Perroquets de la place d’Arezzo ont miraculeusement atterri dans mes mains. Je ne pouvais pas ignorer un signe pareil… (et en plus le livre fait dans les 700 pages en poche m’a coûté moins de dix euros).

Bref. J’ai acheté, j’ai lu, j’ai vaincu (enfin pas vraiment, c’était pour la beauté de la phrase).

C’est une bombe.

Tous les personnages habitent place d’Arezzo, à Bruxelles (un lieu imaginaire). S’ils n’y résident pas, ils y sont tout de même intimement liés. La place d’Arezzo a de particulier d’être assez huppée, et surtout d’héberger dans ses arbres plus d’une centaine de perroquets, perruches et oiseaux exotiques. Il y a un eurocrate de haut niveau, une concierge, une poule de luxe, un couple gay, une fleuriste, et j’en passe.

Ils se connaissent, de loin parfois, mais tous sont voisins. Tous ont leurs vies, leurs drames. Une veuve dépressive a abandonné la tenue de la maison à sa fille ; le jardinier souffre de son inculture et fantasme sur une des habitantes ; une employée de galerie d’art est amoureuse de son patron.

Et puis un jour, certains d’entre eux reçoivent une lettre. Un simple mot glissé sous leur porte, disant « Ce mot simplement pour te signaler que je t’aime. Signé : tu sais qui. »

Leurs vies ne seront jamais les mêmes.

J'ai dit que j'adorais ses bouquins ?

J'ai dit que j'adorais ses bouquins ?

Vous voyez l’idée. On reconnaît déjà l’originalité d’Eric-Emmanuel Schmitt, dont les idées ne sont jamais celles de tout le monde (une autre raison pour laquelle j’apprécie beaucoup ce qu’il écrit). La lettre anonyme est un coup assez classique en littérature (comment ça, je m’en sers aussi ? ça a dû m’échapper…), mais Eric-Emmanuel Schmitt l’exploite d’une façon totalement nouvelle en l’envoyant à chacun des protagonistes (ou presque). Donc la question est, entre autres, qui est l’expéditeur ? Est-ce un corbeau ou une colombe ? (spoiler : même ce point est un coup de génie).

Ensuite, le roman n’est pas dépourvu d’une certaine réflexion. Ceux qui ont déjà lu des ouvrages de Schmitt savent qu’il a une certaine obsession pour la perception « laïque » du divin, dans le sens que chacun a une spiritualité, quelles que soient ses convictions religieuses, et que l’idée de Dieu est inhérente à chacun de nous. Sauf que là, ce n’est pas le cas.

Les Perroquets de la place d’Arezzo exploite bien une idée touchant à la personnalité et la vie intime des protagonistes, mais il s’agit ici de la sexualité. Attention, si certains passages sont légèrement crus, ce n’est pas non plus un roman de fesses (dans ta face E.L. James ! -> oui, aujourd’hui j’ai la mentalité d’un enfant de quatre ans).

Eric-Emmanuel Schmitt nous parle donc de sexe, mais de façon très réfléchie. La sexualité est également une partie inhérente à chacun de nous, mais nous avons tous une façon différente de la vivre. On peut ne pas être moralement d’accord avec certains choix qu’il décrit (un ménage à trois ou un report d’affection sur un animal), reste que chaque personnage est individuel dans sa façon d’appréhender le sexe.

Juste un petit mot pour te signaler que je t'aime. Signé : tu sais qui.

Corbeau ou colombe ?

On pourrait reprocher aux protagonistes de manquer de profondeur au-delà de ce simple aspect. C’est vrai que certains traits de caractère sont un peu effacés derrière la perception que chacun a de son identité sexuelle. Les aspects essentiels sont pourtant là ; l’histoire des personnages, comment ils en sont arrivés là, pourquoi ils vivent les choses de cette façon, tout est plus ou moins directement lié au sexe (ça fait beaucoup de « sexe » dans un même paragraphe, Google va finir par me classer dans le porno si ça continue). Personnellement, ça m’a rappelé Freud (en plus fin).

Pour l’anecdote, Eric-Emmanuel Schmitt est quand même tombé dans la facilité sur un point. Les Perroquets de la place d’Arezzo a été publié en 2013. L’affaire DSK remonte à 2011, et il est impossible de rater quelques…similitudes.

En conclusion, je ne peux que vous recommander de le lire, même si je pense que le livre est plus accessible aux adultes. Je ne dis pas ça à cause de la question de fesses, mais davantage parce que le roman, s’il a une histoire intéressante, reste assez complexe. Avec tout le respect que j’ai pour les adolescents (je sais que certains me lisent), je pense que la « seconde » dimension du bouquin est assez compliquée à percevoir si on est âgé de quinze ou seize ans. Quoique ça dépend de la maturité.

Alors foncez ;)

…et n’oubliez pas d’aimer Le calame et la plume ou de passer me voir sur Twitter !

Bien à vous,

Jeanne Ulet

Publié dans Les belles lettres

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