Le cri de la mouette

Publié le par Jeanne Ulet

Le cri de la mouette

Je suis désolée, ce billet est court. Je n’ai pas publié la semaine dernière, j’en ai honte, mais il se trouve que j'ai très peu le temps en ce moment de me poser quinze minutes et de gribouiller un article...

Il y a un peu moins de quinze ans, mon professeur de français de troisième a fait un cycle d’étude sur les autobiographies. Parmi les lectures proposées se trouvaient le célébrissime Journal de Ma Yan, le Journal d’Ann Frank, et Le Cri de la mouette.

En amoureuse des livres que j’étais déjà, j’ai lu les trois. Tous sont chargés d’émotions diverses, mais Le Cri de la mouette est à mon avis le plus particulier de tous. Son auteur, Emmanuelle Laborit, a été en 1994 Molière de la révélation théâtrale pour Les Enfants du silence. Et puis surtout…elle est sourde.

Emmanuelle Laborit a depuis joué dans quelques films, fait une ou deux mises en scène, et dirige l’International Visual Theatre depuis 2003. Née en 1971, elle s’est toute sa vie définie par sa surdité tout en manifestant la volonté de dépasser son handicap et ce qu’on prévoyait pour elle.

Le Cri de la mouette est son histoire.

Mon silence n'est pas votre silence. Mon silence, ce serait plutôt d'avoir les yeux fermés, les mains paralysées, le corps insensible, la peau inerte. Un silence du corps.

Le livre a été publié en septembre 1994 chez Robert Laffont, soit quelques mois seulement après la remise du Molière. L’œuvre se définit elle-même comme un roman autobiographique, c’est-à-dire qu’elle a adapté la vérité pour lui donner plus de consistance (un peu comme la musique d’un film rend les scènes sensationnelles, si vous voulez).

Il ne s’agit pas d’une autobiographie dans le sens des Mémoires, où l’idée est à mon sens de raconter sa vie avec aucun autre fil directeur que l’âge qu’on prend (ce qui peut donner d’énormes pavés : je n’ai jamais réussi à aller au bout des Mémoires d’une jeune fille rangée et suivants…). Le Cri de la mouette suit le chemin d’Emmanuelle Laborit dans la surdité. Le diagnostic médical, l’apprentissage de la communication, la crise d’adolescence, la découverte du théâtre.

Entre autres, bien sûr.

Je n’ai pas l’intention de vous en parler durant des heures, mais je trouve cependant que le livre est extrêmement intéressant. Emmanuelle Laborit est née dans les années 70, à une époque où la surdité était mal diagnostiquée, et où l’intégration de ces personnes était difficile. Il fallait « cacher » la surdité, leur apprendre à lire sur les lèvres, à se comporter comme les autres, à se fondre dans la masse. Nous savons tous qu’il en est autrement aujourd’hui, mais comment s’est effectuée la transition ?

Réponse en librairie ;)

Le soir de la remise des Molière...

Le soir de la remise des Molière...

Je dois cela dit mettre un hiatus. Le livre est intéressant, oui. Le style est…potable, ça se lit sans être digne du Goncourt (je doute que cela ait été le but d’ailleurs).

Mais bon sang, quelle tête à claques cette femme ! C’est peut-être mon caractère pourrave qui s’exprime, mais j’ai eu envie de la secouer de la première à la dernière page. Elle critique la société qui rejette les sourds, et quelle est sa solution ? Faire son propre petit clan de son côté ! Elle est en colère contre la terre entière ! Je comprends qu’elle ait mal vécu le manque de reconnaissance de son handicap durant son enfance, mais il faut grandir à un moment !

…je m’égare.

Pourquoi je vous parle de ce livre ? Parce qu’il s’agit d’un des rares, à ma connaissance, qui exploite le problème sous cet angle. Ce n’est sûrement pas le seul bouquin à parler de la surdité, mais une autobiographie datant de cette époque, et sur ce thème, est à mon avis assez intéressante pour qu’on s’y penche.

Si vous êtes branchés par l’idée, bien sûr. Je n’ai lu ce bouquin que parce qu’il avait été suggéré par ma prof de français. Je ne l’aurais jamais acheté sans ça, et m’en serais tout aussi bien portée.

Gardez-le juste en tête si votre PAL est vide ! (comment ça impossible ?). Ou alors si vous êtes passionnés…

Bien à vous,

Jeanne Ulet

 

Publié dans Les belles lettres

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