Scène quatorzième : Premier duet

Publié le par Jeanne Ulet

Scène quatorzième : Premier duet

« La parole divise. La danse est union. » Béjart

14 août 2002 – Théâtre du Bolchoï

Envie de vomir.

Quatre hommes. Une femme. Des préjugés. Diana. Seule en face d’eux. A peine arrivée à Moscou, installée dans un hôtel peu attirant et hors de prix, elle avait essayé de prendre un rendez-vous dans Le théâtre de la ville. Le Bolchoï. Il y en avait d’autres dans la capitale, mais c’était le meilleur.

Le Bolchoï. Le grand. Les ballets russes avaient une réputation d’excellence que rien ne démentait. Moscou, Saint-Pétersbourg. Noms magiques. Preuve de leur niveau, Meldornov était russe. Né sous l’URSS, il avait d’après internet été formé au Kirov. Ce théâtre de Saint-Pétersbourg était maintenant redevenu le Maryinski. Dans son top 10 des meilleurs danseurs, Diana savait également que les sept premiers étaient russes, le tenant du titre étant…lui.

Elle n’irait pas à Saint-Pétersbourg. Pas avant d’avoir épuisé toutes les possibilités. Ce serait trop le suivre, et elle avait justement démissionné pour lui échapper. Le Bolchoï était indépendant, c’était différent. Elle avait choisi la Russie pour sa réputation, mais elle ne pousserait pas la ressemblance plus loin.

Quoique le plus probable était encore qu’elle revienne à Liverpool la queue entre les jambes. Un texte stupide liant l’Institut à l’Académie du Royal Ballet l’empêchait d’avoir officiellement terminé son apprentissage avant la présentation. Elle n’avait pas de diplôme, rien. Elle avait passé les examens de dernière année comme les autres, mais n’aurait jamais le diplôme. La réclamer demanderait de passer par Meldornov, et elle doutait fortement qu’il accepte. S’il était revenu de Sydney, il ne devait pas la mettre dans ses favoris. Plutôt le contraire.

Elle avait tout de même décidé de se présenter. Mieux, elle ne pouvait pas ne pas le faire. C’était inutile de parcourir autant de chemin, de remplir de la paperasse pour un passeport, d’harceler une ambassade pour un visa, si elle ne tentait rien. Avant de partir, Meldornov lui avait donné quelques disquettes de leurs leçons. Parmi celles-ci, une seule ne voyait pas apparaître Meldornov. C’était un enregistrement des Variations d’Ulysse. Le morceau était court, mais elle ne faisait aucune erreur et dansait comme il avait essayé de lui apprendre. Une fois l’appareil éteint, il lui avait dit que le chemin était encore long avant qu’elle ne parvienne à un résultat acceptable. C’était décourageant, mais le seul élément dont elle bénéficiait pour se mettre en valeur.

C’était pauvre. Presque aussi pauvre qu’elle. L’administration l’avait d’abord refusée en bloc, alors elle avait insisté. Tous les jours. Avec entêtement. Chaque jour qui passait grignotait ses maigres économies, mais elle continuait. Lorsqu’elle ne faisait pas le siège du théâtre elle travaillait comme elle pouvait, et le soir elle prenait des cours de russe.

Quelques semaines après son arrivée, Diana déchiffrait le cyrillique. Elle pouvait prononcer une phrase ou deux en russe avec un accent catastrophique, et l’ambassade britannique l’avait mise en contact avec une expatriée qui la payait mille roubles pour une heure ou deux de ménage le dimanche. Et elle continuait à demander. Elle pensait qu’il n’y avait rien de plus compliqué que les papiers d’inscription à remplir en début d’année, mais l’Institut n’était finalement qu’un petit joueur. Le Bolchoï semblait être un nœud de procédures à n’en plus finir. Diana se demandait si c’était le test ultime avant de pouvoir accéder à l’audition. Certificat médical. Un papier du Dr Smith, datant d’après son accident, faisait heureusement l’affaire, et surtout ne portait pas l’en-tête de l’Institut. L’oublier aurait été aussi stupide que ne pas prendre quelques paires de chaussons. Renseignements généraux, ils pouvaient l’avoir aussi. Disquette, elle fournissait. Extrait d’acte de naissance, copie du passeport, elle avait.

Mais attendre, attendre ! Ils ne l’auraient pas comme ça.

Elle avait encore failli flancher en appelant sa mère. Catastrophée, elle avait pleuré, supplié, même menacé, sans réaliser que sa fille était à des milliers de kilomètres de là. Il restait à Diana tout juste assez d’argent pour se payer un billet pour le lendemain. Elle avait vraiment failli, retournant la question dans sa tête durant son travail, pendant la nuit, lors de ses échauffements du matin.

Et elle était finalement restée. Elle était restée, et ne se sentait que plus égoïste après ça. Même loin de Londres, elle était incapable de penser à autre chose qu’à elle-même. C’était absolument désolant, mais son cœur refusait de quitter Moscou.

Alors, elle avait fait le siège du Bolchoï. Ou plutôt de l’administration du Bolchoï. Après avoir été rejetée, ignorée, ou encore regardée avec l’ironie de celui qui est au bas de l’échelle mais peut la refuser au premier abord, on lui avait lancé un brillant « pas intéressés ». En mauvais anglais.

Le deuxième jour Diana avait trouvé porte close. Le troisième, on avait eu la pitié de lui dire qu’on tenterait quelque chose, non sans l’informer sèchement que la période de recrutement était finie depuis plusieurs semaines et qu’ils n’avaient besoin de personne. Elle n’avait pas reçu la moindre nouvelle le jour suivant ou dans les semaines qui suivirent.

La patience avait failli la tuer, mais elle avait payé. Diana avait reçu la semaine passée à son hôtel un courrier la convoquant pour ce mercredi 14 août. Elle était arrivée deux heures en avance, s’était changée, échauffée. Les cheveux serrés dans le chignon réglementaire, elle avait attendu dans le couloir jusqu’à ce qu’une dame boudeuse ne l’invite à entrer.

Peut-être, si elle avait sorti l’atout Institut de sa manche, elle aurait gagné du temps. C’était justement ce qu’elle ne voulait pas. Quitte à faire les choses, autant les faire bien. Se prévaloir de la célèbre école n’aurait sûrement eu pour conséquence qu’une demande de confirmation, et Diana savait très bien ce que son professeur pensait d’elle. Ça ne l’aiderait pas.

Elle devait danser maintenant. Le maître de ballet était devant elle, papiers sous le nez, accompagné de quatre autres personnes que Diana supposait être des professeurs. Lorsqu’elle passait ses examens, les examinateurs étaient toujours Meldo, le directeur de l’Académie du Royal Ballet, et ses professeurs. Et elle était là. Luttant contre la nausée avait enfilé un justaucorps noir. Celui vert bouteille qu’elle portait à l’Institut ne devait pas être connu jusque-là, mais il valait mieux être prudente. Ses chaussons étaient brisés et enduits de colophane. Ses muscles étaient chauds et son cache-cœur avait été respectueusement posé sur un banc, à côté des barres. Ils ne l’auditionnaient pas dans la grande salle du théâtre, mais dans l’immense studio de la compagnie, celui qui était si grand qu’il semblait pouvoir contenir tous les danseurs. Les examinateurs étaient assis à une table, au fin fond de la pièce, et elle avait tout le reste de la surface à disposition pour faire ses preuves.

Ils paraissaient neutres, mais Diana savait qu’elle partait du mauvais pied. Elle avait tellement insisté pour être reçue que ce ne pouvait pas être bien perçu. Même sa disquette n’avait pas dû paraître convaincante. C’était logique, elle ne connaissait les pas que depuis une heure ! Elle n’avait plus qu’à espérer qu’elle ferait mieux maintenant…

Sa mère ne devait pas être encore déçue par son comportement. Ni Sun for. Et Bora comprendrait.

— Vous êtes britannique, je me trompe ? dit le premier homme (Diana ignorait son nom autant que sa fonction). Londres d’après votre fiche. Pourquoi ne pas avoir tenté le Royal Opera ? Vous avez dépendu de leur école…

Profonde inspiration. N’importe qui aurait parlé de la grandeur des ballets russes et du prestige du Bolchoï, et c’était ce que Diana s’apprêtait à dire également. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais la referma sans dire un mot. Tout ça, ce n’était que du blabla appris par cœur. Ils devaient en entendre des centaines absolument identiques.

Mais encore fallait-il oser…

— Parce que j’avais besoin de changer d’air, dit-elle sur un ton si naturel qu’elle s’en étonna elle-même.

Ce n’était pas une si bonne idée, tout compte fait. C’était même peut-être la pire qu’elle ait jamais eue, mais elle n’avait maintenant pas d’autre choix que s’enfoncer.

— Vraiment ? reprit son interlocuteur. Des difficultés dans votre ancien établissement peut-être ?

Shit. Ils la prenaient pour une rebelle maintenant, c’était de mieux en mieux.

— Aucune, répliqua-t-elle avec autant de calme qu’elle pouvait. Le ballet de Londres est excellent ? J’ai seulement eu un accident qui m’a ouvert les yeux.

De. Pire. En. Pire. Et ce n’était même pas vrai.

— Une légère blessure de fatigue, s’empressa-t-elle de rajouter avant qu’elle ne s’enfonce jusqu’à la racine des cheveux. Je suis totalement remise. Le médecin l’a confirmé.

— J’ai lu votre papier… Et en quoi cet accident a-t-il changé votre point de vue ?

— Il m’a donné envie de découvrir de nouveaux horizons. J’ai voulu développer mon art d’une façon différente.

Si elle continuait à mentir et s’enfoncer, son problème ne serait pas qu’une simple nausée. Elle allait bientôt trembler comme une feuille. Comme avant sa première leçon avec Meldornov, lorsqu’elle avait douze ans.

— Et pourquoi choisir le Bolchoï ? coupa un autre.

La question à trois milliards. Diana hésita un instant. On ne l’avait pas prévenue qu’elle risquait de subir un interrogatoire. Pourquoi est-ce qu’ils ne se contentaient pas de la regarder danser ? C’était l’essentiel, elle n’était pas là pour parler !

— Je veux danser, répondit-elle avec tellement d’aplomb qu’elle en fut surprise. J’ai trouvé le système européen un peu scolaire.

…brillant. Elle était encore à l’école, évidemment que c’était scolaire ! S’ils ne la prenaient pas déjà pour une idiote, ça n’allait pas tarder. Magnifique. Pour vous saborder vous-mêmes, suivez l’exemple de Diana Dwayne en une leçon.

— Et pourquoi ne pas attendre votre diplôme ? Ce n’était qu’une question de semaines…

— C’est du papier. Moi je danse.

C’était la leçon complémentaire. Il semblait être écrit dans les étoiles que Diana allait s’enfoncer à chaque mot. Vu le point où elle en était, elle aurait mieux fait de se taire.

Même s’enfuir en courant était une perspective plus réjouissante.

Il parut se concentrer sur la réponse, comme pour en comprendre tous les termes, avant de prendre quelques notes. Diana se mordit la lèvre et retint une nouvelle phrase. Elle s’était déjà assez descendue comme ça. Il fallait qu’elle voie les points positifs, elle n’avait pas été renvoyée, ils avaient accepté sa disquette, et…c’était tout.

SURTOUT oublier qu’elle vivait à l’hôtel, n’avait pas de diplôme, plus que quelques centaines de roubles en poche, et venait de se démolir en trois phrases.

— Je présume que vous avez déjà participé à certains ballets ? reprit l’homme au ton sinistre.

…et ça continuait. C’était exactement la question où répondre « non » pouvait être fatal. Meldornov avait bien ficelé son système, les élèves étaient piégés. La seule expérience de la scène qu’ils pouvaient obtenir (en dehors du gala annuel du Royal Ballet ou de très rares remplacements) était celle de leur présentation. Pour Diana, il l’avait simplement refusée.

— Je sais danser sur scène.

Ce n’était pas un mensonge… Elle jouait peut-être avec les mots, mais au moins elle avait la conscience tranquille. Et puis elle connaissait des chorégraphies. Beaucoup même, et il fallait espérer que l’Institut était à la hauteur de sa réputation.

Pourtant, son estomac vide était tellement tordu qu’elle avait envie de vomir. Elle jouait son avenir. Non, rectification, elle l’avait déjà joué avant même d’avoir dansé. Sa dernière chance était justement ce qu’elle allait leur montrer. C’était autre chose qu’un petit solo.

— C’est la moindre des choses ! rétorqua un de ceux qui n’avait jusque-là pas encore ouvert la bouche – qui ne fit qu’augmenter son malaise. Vous danserez ?

— La danse de l’oiseau de feu, quatrième scène du premier tableau.

Quitte à sauver les meubles, autant prendre quelque chose qu’elle connaissait bien.

— Et en contemporain ?

Variation d’un Américain à Paris.

— Bien. La scène est à vous Miss.

Sur cette invitation, Diana se plaça au centre de la salle et prit la pose. Elle avait toujours envie de vomir, mais ce n’était pas le moment d’y penser. Elle allait danser, et dès que la première note retentit, ses membres prirent vie.

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Retournée à ses vêtements civils, affalée sur une banquette dans le couloir, Diana tentait péniblement de lire un journal anglais déniché par miracle. Après qu’elle ait dansé, elle avait été priée de quitter la salle afin de laisser le jury délibérer.

En d’autres termes, décider comment ils allaient la prier de retourner à Liverpool. Qu’est-ce qu’il lui avait pris, aussi ? Elle n’aurait jamais dû dire ça… L’Institut avait dû lui ramollir le cerveau, pourquoi est-ce qu’elle avait changé d’avis au dernier moment ? Elle était stupide. Stupide, naïve, et Dieu seul savait quoi encore. Si Meldo donnait sa réputation pour lancer ses élèves, c’était bien la preuve que tout marchait au piston. Et elle n’en avait pas. Elle tentait le Bolchoï en touriste.

C’était débile. Autant revenir à l’Institut et attendre bien sagement que le Maître se décide. Impossible évidemment, Meldo ne la reprendrait jamais. Il devait déjà être au courant de sa démission, et la détester autant qu’il devait être possible. Il préférerait la laisser crever de faim plutôt que l’aider.

Si seulement elle avait écouté sa mère… Elle ne l’admettrait jamais devant elle, mais l’idée de viser plus bas, dans une petite compagnie, n’était pas si bête. Le Bolchoï avait son vivier dans son académie, comme le Royal Opera et probablement les grandes compagnies mondiales. Elle-même n’avait aucune chance…et elle ne parlait même pas le russe. Même tenter l’ABT (1) aurait été moins bête.

Tant pis. Elle l’avait fait, elle l’avait fait. Trop tard pour regretter allait bientôt devenir sa phrase préférée. Elle n’avait pas assez d’argent pour aller à New-York de toute façon.

Quant à sa danse… Elle n’avait pas été trop nulle malgré son manque de pratique des derniers jours. L’extrait de l’oiseau s’était bien passé, mais elle avait fait une erreur sur la variation de l’américain. Ce n’était pas si grave, elle avait bien rattrapé et la chorégraphie était de Biera, personne n’avait rien vu. Le problème avait été l’expression. Raison de plus pour regretter d’avoir quitté l’Institut. Meldornov parlait de l’âme de la danse. Il lui disait souvent qu’elle en manquait, qu’elle progressait mais qu’il restait du chemin à parcourir. Qu’il lui fallait un moteur, réellement quelque chose qui la motive et fasse passer en un seul geste plus qu’un écrivain ne dirait en des centaines de mots. La colère pour l’oiseau attrapé pouvait être un commencement, elle avait besoin de plus encore si elle voulait espérer convaincre qui que ce soit.

Qui que ce soit…pour l’heure, personne, déjà ! Elle avait bien essayé de s’enfermer dans une bulle, de danser comme il avait tenté de lui apprendre, mais au lieu de ça… En fait, elle ne savait pas. Elle avait pu être potable autant qu’absolument horrible. Ses tentatives pour se mettre dans la peau de l’oiseau n’avaient pas aussi bien fonctionné qu’elle le voudrait, et pour le contemporain… Difficile de savoir à quoi penser en plus de la technique, mais Diana était persuadée de n’avoir pas su se focaliser sur les bonnes choses.

— Miss Dwayne ? Le jury vous attend.

Retenant de justesse un profond soupir, Diana se leva. Ce qu’ils allaient lui dire, elle le savait déjà. Elle savait juste qu’elle n’allait pas apprécier le moment. Ensuite, elle verrait si elle pouvait tenter sa chance dans une autre compagnie moscovite, avant de revenir à Liverpool toute honteuse. Ils avaient un ballet aussi, peut-être qu’elle pourrait essayer. Même leur école, n’importe quoi. Il fallait qu’elle danse. Elle deviendrait folle autrement, et les pressions de Toxteth seraient absolument insupportables.

Et si ça ne marchait vraiment pas…tant pis pour Meldo. Il la détestait, d’accord, mais c’était sa faute si elle se retrouvait dans une situation pareille. Elle invoquerait son nom en long, en large, et en travers. Elle avait des disquettes pour prouver qu’il avait été son professeur. Ce serait honteux mais toujours mieux qu’un énorme RIEN.

Qu’est-ce qu’elle pouvait être stupide quand même…le Bolchoï ! Le pire était tout de même qu’elle n’avait regretté qu’après. Pas dans l’avion, pas à son hôtel, pas lorsqu’elle faisait le siège. Après l’audition…

— Miss Dwayne ?

— J’arrive, grogna-t-elle en reposant le journal.

Ce n’était pas comme si elle avait lu le moindre article de toute façon.

En traînant presque des pieds – une honte pour une danseuse aurait dit Meldornov – elle suivit. Elle crut d’abord qu’elles retournaient vers le studio, mais s’aperçut bientôt qu’elle se trompait. On la traîna dans une suite interminable de couloirs. Tous se ressemblaient. Toujours le même sol en lino, toujours les mêmes lumières. Ce n’était même pas le Bolchoï historique. Le « vrai » était en rénovations, d’après ce qu’on lui avait dit. En attendant, ils étaient là.

Elle ne le verrait sûrement pas retourner dans ses bâtiments.

— Après vous Mademoiselle.

Diana entra, son accompagnatrice fermant la porte derrière elle. Le jury s’était réuni dans la pièce. Alignés comme des statues, les quatre hommes et la femme la fixaient. La dernière n’avait pas ouvert la bouche depuis le début de l’audition, se contentant de la regarder au travers de ses verres épais. Elle semblait juger le moindre de ses gestes avec un intérêt tellement démesuré que Diana n’osait plus faire un mouvement sans l’avoir longtemps planifié. Elle s’était déjà assez sabotée comme ça.

— Miss Dwayne…commença celui qui l’avait tant questionné pendant l’audition. Vous avez dit que vous n’avez pas de diplôme ?

Son ton était glacial ; Diana ne l’avait pourtant pas senti particulièrement hostile pendant l’audition, mais elle supposa que c’était parce qu’il ne l’avait pas encore vue danser.

— Pas depuis la dernière fois que je vous ai vus.

Et merde. Il fallait vraiment qu’elle apprenne à se taire. Diana avait un caractère naturellement calme, mais il semblait que sa bouche prenait une vie propre aux pires moments qui soient. La dernière fois, c’était devant Meldornov.

— C’est surprenant…

Surprenant. Surprenant par rapport à son âge. C’était vrai. A dix-huit ans, la majorité des danseuses étaient déjà dans une compagnie, certaines étaient même solistes. Elena serait sûrement dans ce cas, mais Diana…rien. Dix-huit ans, pas d’expérience, pas un diplôme en dehors des A-level dont le Bolchoï n’avait absolument rien à faire.

Elle pouvait déjà entendre le « je te l’avais bien dit » de Bora.

— Vous savez que votre dossier ne parle pas pour vous…

Comme si elle l’ignorait. Et sa nausée revenait. Partir en courant était une idée tellement tentante…

— J’ai fait ce que je pouvais, murmura-t-elle.

Comme si ça changeait quelque chose de le dire…

— C’est certain, mais il demeure que votre situation est…complexe.

Complexe ? Complexe, vraiment ? C’était au contraire assez simple. Elle avait agi comme une idiote. Il fallait maintenant en payer le prix.

— Je sais que je n’aurais pas dû.

Mais qui ne tente rien n’a rien. C’est ce qui aurait été logique de penser…c’est ce que Diana aurait dû penser, mais il lui semblait parfois être tellement déphasée qu’elle ne réagissait pas comme il le fallait. Elle aimait bien Meldornov… Elle avait continué à danser alors que ses proches voulaient qu’elle cesse… Elle avait fui l’Institut pour aller se traîner dans le pétrin à Moscou… Personne ne comprenait. Personne.

— Mademoiselle ?

— Pardon ?

Et merde. Même lorsque tout était joué elle s’enfonçait encore. Splendide.

— Nous vous disions, reprit le directeur de l’école, que vous vous êtes montrée incroyablement obstinée. Nous ne l’avions encore jamais vu.

La femme leva alors la main, et celui qui parlait se tut. C’était le plus grand mouvement qu’elle effectuait depuis le départ. Diana ignorait son nom, mais la dame exhalait une autorité que seul Meldornov pouvait rivaliser. Elle la regardait avec attention, jugeant autant ses baskets éclatées que son sweat NY en parfaite contradiction avec le chignon de danseuse. Diana retint un nouveau soupir. Même en s’habillant elle s’enfonçait, c’était de pire en pire. Ils attendraient longtemps s’ils voulaient qu’elle ait un style à couper le souffle.

La femme commença à parler, elle avait un accent assez marqué, et Diana dut se concentrer pour comprendre. Elle était celle qui tenait son destin entre ses mains.

La nausée la poursuivait.

OUI ! vous avez le droit de me jeter des tomates. Je sais que j'ai pas mal de publications en retard, je vous ai promis des critiques et elles ne sont même pas terminées, et je suis restée invisible la semaine dernière. Bref, vous pouvez m'en vouloir.

Long story short, j'ai quelques problèmes de santé en ce moment qui m'empêchent d'être aussi présente que je le voudrais. J'essaie d'arranger ça, mais il se trouve certains moments où je ne peux juste pas publier. Avec un peu de chance ça ira mieux d'ici un mois ou deux, mais je ne peux rien promettre.

Pour me faire pardonner, un deuxième chapitre dans la foulée, ça vous dit ? :)

(1) American Ballet Theatre, célèbre ballet new-yorkais

Publié dans La Fille aux oiseaux

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