L'Elégance du hérisson

Publié le par Jeanne Ulet

L'Elégance du hérisson

J’ai découvert L’Elégance du hérisson fin 2009, alors que j’étais encore au lycée. Je ne connaissais pas Muriel Barbery. Je préférais le fantasy et je venais de dévorer les Twilight (j’étais au lycée hein !). Et pourtant j’ai adoré. Adoré au point d’abandonner Edward Cullen et sa clique brillante (un miracle pour l'époque), adoré en relisant trois fois le livre, adoré jusqu’à m’imaginer, moi-même, comme faisant partie de l’histoire.

L’Elégance du hérisson est sorti en 2006 dans la collection blanche de Gallimard. C’est pour certains un gage de qualité, pour d’autres d’ennui. J’étais dans la deuxième catégorie (je sais, c’est mal, et ce n’est plus le cas aujourd’hui) mais n’ayant que la version poche entre les mains, je me suis laissée avoir par son apparence inoffensive. 400 pages, fastoche !

J’ai plongé tête baissée.

Quand je dis que j’ai aimé au point de m’imaginer partie de l’histoire, c’est la pure vérité. J’ai plutôt une grande imagination, mais je n’entre dans les romans que très rarement. Il faut que le livre soit vraiment très bon. Cela m’est naturellement arrivé avec Harry Potter (vous savez que j’ai un passé d’auteur de fanfictions), Orgueil et Préjugés, mais c’est un peu près tout. Et puis L’Elégance du hérisson est arrivé.

Coucou !

Coucou !

1. Plus ça pique c’est mignon

Le roman s’axe autour de deux personnages principaux, généralement en alternance de chapitres. Renée et Paloma vivent toutes les deux à Paris, au 7 rue de Grenelle. Renée a cinquante-quatre ans, Paloma douze. L’une est concierge (devinez laquelle ?) et l’autre fille de député. Je pensais en lisant que l’histoire se déroulait à notre époque (en tous cas je le « voyais » ainsi, si vous comprenez ce que je veux dire), mais il m’est ensuite apparu que l’action se passait dans les années 80.

Alors qui sont nos deux braves dames ?

Renée est veuve. Concierge de l’immeuble depuis une vingtaine d’années, elle habite dans la loge au rez-de-chaussée et se concentre sur des tâches aussi passionnantes que sortir les poubelles ou astiquer les boutons de l’ascenseur. Aux yeux de ses employeurs, elle est totalement débile. La télé tourne en sourdine dans sa loge, son obèse de chat s’appelle Léon, son amabilité est à refaire et elle est amie avec la femme de ménage.

Sauf qu’elle a un secret. Un secret qu’elle ne partage qu’avec Manuela, la femme de ménage en question. Renée est intelligente. Sa débilité n’est qu’une apparence qu’elle entretient savamment. Elle cache des livres de philosophie sous la botte de carottes de son cabas, elle apprécie la nourriture fine sans pour autant tomber dans la prétention des résidents de l’immeuble (voir le scandale des truffes de Mme de Broglie). Son mensonge n’est dû qu’au fait qu’elle est née dans une famille pauvre. Du moins c’est ce qu’elle prétend.

Paloma est la fille d’un député de gauche, ancien ministre. Sa sœur Colombe est en maîtrise de philosophie. Sa mère est en analyse psychologique et sous antidépresseurs depuis dix ans. Elle est en avance au collège, mais dit elle-même avoir l’intelligence (littéraire je présume, encore qu’on ne dise rien des sciences) d’une khâgneuse. Elle a décidé de se suicider le jour de ses treize ans et de mettre feu à l’appartement familial. La raison ? Le bocal à poisson. L’âge adulte se résume pour elle à l’enfermement dans un bocal fait de conventions et d’aucune graine de bon sens.

Les deux sont passionnées par le Japon. Paloma écrit des haïkus, apprend la langue à l’école, et lit des mangas. Renée a une passion pour les œuvres du cinéaste Yasujiro Ozu (les camélias sur la mousse du temple !). Elles se jaugent. S’apprivoisent.

Paloma trouve dans la loge de la concierge une échappatoire au bocal à poissons (et à son insupportable sœur). Renée se prend d’affection pour la jeune fille. Et puis arrive Kakuro Ozu.

Muriel Barbery

Muriel Barbery

2. Ouvrez les frontières

J’aurais pu nommer cette partie « Laissez tomber les barrières », le résultat aurait été identique. Cependant, d’une part le titre sonnait mieux, et de l’autre j’ai un humour douteux (si l’un d’entre vous comprend la private joke, il est vraiment fort !).

Je vous parlais de Kakuro Ozu. Il fait son entrée dans le roman vers la page 150 (si ma mémoire est bonne). Les professeurs de français l’appelleraient élément perturbateur, pour rester académique. Et c’est ce qu’il est. Féru de culture, il s’entend facilement avec Paloma (ils parlent japonais ensemble) et ne tarde pas à soupçonner Renée de totalement surjouer son rôle de concierge. Il est celui qui découvre que le chat Léon a été nommé en l’honneur de Léon Tolstoï.

Tout le monde dans l’immeuble aime M. Ozu. Même la charmante Colombe. Et lui a décidé de jeter son dévolu sur Renée. Alors qu’elle avait décidé de rester sur ses gardes, il détricote toute sa méfiance pour finalement réussir à la faire sortir de sa coquille. Renée trouve avec lui une plus grande entente qu’avec son mari (qu’elle aimait pourtant, et qui respectait ses choix).

Pourquoi cacher son intelligence ? La raison m'est apparue obscure. La concierge débile paraît aller de soi à tous les habitants de l'immeuble (hormis M. Ozu et Paloma dans une certaine mesure), mais l'histoire se déroule au XXe siècle. Même en admettant que Renée a grandi à une époque où les filles étudiaient moins et où l'argent était nécessaire pour aller à la fac, les choses ont graduellement évolué. Elle aurait pu étudier plus tard et trouver un travail plus valorisant que se faire hurler dessus par cette prétentieuse de Colombe (encore que la réponse de Renée est impayable). Je peux me tromper, mais il m'a semblé que j'étais poussée à considérer la concierge avec le même niveau intellectuel que les habitants de l'immeuble. La surprise de l'intellectuel devant la culture du petit cliché rassurant qu'est Renée. C'est flatteur pour le lecteur, mais il y a de quoi se demander si Muriel Barbery l'a fait exprès ou parce qu'elle n'en avait pas le choix. Parce que prendre le point de vue de Manuela n'aurait pas convaincu ?

Le roman ne décrit pas le chemin parcouru par des personnages cherchant à se rendre du point A au point B. Pas L’Elégance du hérisson. Le chemin parcouru par les personnages n’est qu’incident, le roman nous décrit essentiellement le cours du temps. Pourtant, envisager une autre fin était impossible. Pour reprendre les termes de Docteur Who, l’événement final constitue un point fixe dans le temps. Si le roman était la vie réelle, la dernière scène se serait déroulée quelle qu’ait été l’évolution de nos protagonistes. Ici, il s’agit simplement de la conséquence logique des choses. Eu égard au monde que Muriel Barbery nous offre, la situation ne pouvait plus avancer d’un pouce.

Le jeu de go, emblème de la culture japonaise

Le jeu de go, emblème de la culture japonaise

3. L’heure des théories fumeuses

Vous me connaissez. Lorsque je fais une critique, j’ai tendance à terminer dans des considérations complexes (discutables même par les littéraires d’entre vous). Vous avez déjà pu en avoir un aperçu au paragraphe précédent.

Alors je vais vous parler des critiques que j’ai lues. Babelio (site assez connu de partage de critiques littéraires) a été assez éclairant. Je ne vais pas vous les citer par peur des copyrights (je ne me suis pas encore penchée dessus mais c’est prévu).

Certains qualifient le livre de bobo, pédant, prêt à faire passer les lecteurs pour des imbéciles. Selon eux, le vocabulaire n’est pas adapté, l’histoire est irréaliste, le style est trop philosophique. Moralité, à force de chercher trop loin, il est devenu mauvais. Ces critiques m’ont bien amusée, mais elles sont tout à fait légitime et je respecte le point de vue de leur auteur. J'en rejoins même une, celle du style "pédant". Considérant le point de vue que le lecteur se trouve forcé à adopter, donc je vous ai parlé dans la partie précédente, je pense que M. Barbery n'a pas eu le choix. Elle a un style littéraire. Sa plume l'a piégée. Certains diront que le véritable auteur saurait modeler le point de vue recherché, mais serait-ce souhaitable ? Le style peut paraître prétentieux lorsque nous regardons Renée, mais il reste parfaitement adapté et répond au nom du hérisson.

D’autres crient au génie. Vous savez que je ne suis pas loin de me placer de ce côté. J’ai véritablement apprécié le livre. S’il est vrai que le personnage de René est assez improbable, son regard mordant sur la population de l’immeuble fait tout le charme du roman. Le titre lui-même est bien choisi. Il provient d’une phrase de Paloma. Je suis sûre que vous la reconnaîtrez quand vous la verrez ;)

Certaines critiques, celles-ci données par les libraires, sont stupides. Lorsque le critique vous dit que Paloma a seize ans au lieu des treize que Muriel Barbery lui donne, on comprend qu’il n’est pas allé très loin dans la lecture ! Il est même d’ailleurs intéressant de noter que les critiques ont été faites a posteriori. L’œuvre n’a fait l’objet d’aucune publicité. Pas d’envoi préalable aux journaux et blogs, rien. Tout s’est fait par le bouche à oreille.

Et pour avoir obtenu un succès pareil sans la moindre publicité préalable, le livre doit avoir une véritable force. Finalement tiré par Gallimard à plus d’un million d’exemplaires, il a obtenu plusieurs prix littéraires (dont le prix des libraires 2007). La consécration finale est venue par l’adaptation cinématographique Le Hérisson, sortie en 2009 et prenant Josiane Balasko dans le rôle de Renée. Le film est beaucoup moins bon que le livre, mais ça… Et reste que ce n'est pas donné à tous les livres d'avoir une adaptation cinématographique qui ne soit pas aussi nulle que celle des films hollywoodiens (moi, penser au navet d'Eragon ? Nooooon...)

En attendant merci d’avoir lu, et n’hésitez pas à faire un coucou sur Le calame et la plume ou Twitter !!

Bien à vous,

Jeanne Ulet

Publié dans Les belles lettres

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