Scène sixième : Nocturne

Publié le par Jeanne Ulet

Scène sixième : Nocturne

Bonjour ! Désolée pour ce chapitre qui s'est fait attendre ! J'espère que vous êtes encore là et prêts à découvrir la suite des aventures de Diana à l'Institut ! J'ai hâte de savoir ce que vous en pensez, parce que je suis très perplexe sur ce chapitre. J'ai beaucoup de mal à aligner le caractère de Diana...

Et puisque vous avez dû subir une longue attente, je ne vais épiloguer cette fois-ci ;) On se retrouve en bas ?

Bonne lecture !

« Tout ce qui pèse doit s'alléger, tout corps devenir danseur, tout esprit oiseau. » Friedrich Nietzsche

23 mars 2002, Londres

Pas de bourrée, fouetté, entrechat. Pas de bourrée, fouetté, entrechat. Déboulé.

— Plus d’aplomb Monsieur Loya ! Miss Cormant, cessez de faire la grimace ! Pas mal, Miss Suarez. Bien également Diana, continuez !

Le corps de ballet évoluait sur un concerto de Salieri. Une fois par semaine, l’Institut entier travaillait avec le professeur Biera. Elle parlait de cohérence, d’entraînement au travail en Compagnie. C’était aussi l’occasion de travailler la revue annuelle lorsque le moment venait. Elena était devant tout le monde et avait un solo. Juste derrière elle, Diana et son partenaire étaient les meneurs.

Port de bras. Elle se figea alors que Cristobal faisait quelques pas. Il était son partenaire attitré depuis plus d’un an, depuis la présentation du précédent en fait. De presque deux ans de moins qu’elle, il était fort mais n’avait pas encore trouvé la parfaite façon de saisir une danseuse. Diana avait eu des bleus la première fois. Cristobal s’était amélioré depuis, mais il n’avait rien à voir avec Meldornov.

Il fallait pourtant bien qu’elle s’adapte, songea-t-elle avec amertume. Elle danserait avec beaucoup d’hommes différents dans sa carrière, et il y avait fort à parier que tous ne seraient pas aussi doués que son professeur. Lui était doux mais ferme, sachant exactement ce qu’il devait faire et s’adaptant facilement. Cristobal, lui, avait commencé par la saisir comme à peine mieux qu’un sac de patates.

Les danseuses retrouvèrent le sol en accord parfait, et la chorégraphie se poursuivit. Diana sourit encore plus largement alors qu’elle sentait ses pieds protester. C’était habituel, on ne dansait pas sans souffrir, elle le savait depuis longtemps, mais tout de même. Diana savait très bien qu’elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Le comble de la danseuse serait de montrer qu’elle a mal, et elle en avait clairement trop fait. Depuis un mois, elle essayait de combler les lacunes de sa technique. Elle avait fait des progrès, mais le résultat n’était toujours pas parfait, et ça la frustrait.

Elena semblait la narguer depuis le premier rang. Diana savait pertinemment que ce n’était pas le cas, mais elle ne pouvait s’empêcher de sentir poindre la jalousie. Elena était son amie, mais elle dansait tellement mieux qu’elle ! Meldornov avait beau essayer de l’aider à dépasser la mécanique, comme il disait, Elena était parfaite. Elle souriait, sautillait avec légèreté, et depuis un mois semblait rayonner. Diana savait qu’elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Si elle ne parvenait pas au même résultat, c’est bien parce qu’elle ne travaillait pas assez. Elle avait mis du temps à rattraper son retard en arrivant à Londres, Elena était arrivée sans lacune. A cause de ça, elle devait mettre les bouchées doubles pour pouvoir sortir, tout en veillant à sa santé. Une blessure retarderait encore l’échéance de quelques mois, c’était trop long.

Elle avait hier encore passé deux heures dans son studio. Elle le partageait avec Elena, mais celle-ci ne s’en servait presque pas, si bien que Diana avait presque un studio privé. Elle avait travaillé jusqu’à ce qu’elle sente ses jambes la lâcher. Elle avait bien dû se résoudre à aller prendre une douche et dormir, mais elle avait rêvé qu’elle était sur scène. Etoile dans le rôle de Kitri, elle avait un tutu rouge, et tournait, tournait, tournait… Elle devait faire presque trente fouettés, mais elle n’arrivait plus à s’arrêter. Plus elle voulait moins son corps lui obéissait. Elle avait fait quarante fouettés, puis cinquante, ses pieds lui faisaient de plus en plus mal, ses chaussons n’avaient plus de colophane. Pourquoi ne les avait-elle pas frottés avant d’entrer en scène aussi ? Elle le faisait toujours ! Et elle tournait, tournait encore, jusqu’à ce que son pied glisse et qu’elle ne s’étale devant un opéra entier, habillé elle ne savait trop pourquoi comme pour le carnaval. Elle s’était réveillée en sueur alors que le réveil annonçait trois heures du matin. Se passer de l’eau froide sur le visage ne l’avait pas aidée, et ce n’était qu’en lisant quelques pages de Raisons et Sentiments qu’elle avait pu se rendormir.

Elle avait essayé de préserver sa santé, elle avait vraiment essayé. Elle finissait toujours son assiette même si le plat ne lui plaisait pas, elle raclait les pots de yaourts et n’oubliait pas le fromage – du calcium pour les os ! Pourtant, son reflet dans le vestiaire lui faisait peur. Diana savait qu’elle devait faire attention, bien sûr, l’Institut était très pointilleux avec la santé. Elle faisait attention, mais le miroir du vestiaire lui avait appris que la tonne d’anticernes mis à contribution ne parvenait pas à cacher les séquelles de ses insomnies. Sa peau paraissait aussi plus pâle, même ses cheveux noirs semblaient plus ternes. Diana savait qu’une brune au teint clair n’avait de chance de paraître en bonne santé que si elle était joufflue, et on pouvait accuser le mauvais temps de Londres ou l’éclairage aux néons. Personne ne lui avait encore dit qu’elle avait une sale tête mais ça ne saurait tarder. Meldornov le verrait dès son retour. Sa mère le verrait, et si Diana était à Liverpool elle aurait déjà été gavée comme une oie avant les fêtes.

Sa mère. Elle lui manquait. Le dernier appel remontait à deux jours. Rose Dwayne l’avait invitée à revenir à Toxteth pour quelques jours, et Diana avait dû refuser tout en se maudissant de le faire. Entendre la voix déçue de sa mère avait été encore pire qu’un coup de poignard. Elles étaient seules depuis le départ de son père lorsqu’elle avait quatre ans. Sa mère n’en parlait jamais, et Diana avait grandi en ne voyant dans son univers que sa maman.

Elle serait horrifiée de la voir dans un état pareil. Diana avait beau savoir qu’elle allait bien, sa mauvaise mine n’était due qu’à une nuit ou deux sans sommeil réparateur, mais elle était la seule à le savoir. Sa mère insisterait pour qu’elle voie un médecin malgré la couverture sociale insuffisante, et ça ne changerait absolument rien. En refusant d’aller à Liverpool, alors même que Biera acceptait davantage les congés que le directeur, Diana savait qu’elle prenait la bonne décision.

Elle aurait pu pourtant, Dieu savait qu’elle aurait pu ! Meldornov était parti pour cinq jours, mais certains retards dans son travail l’obligeaient à rester absent plus durablement. Ça faisait deux semaines maintenant. Personne à l’Institut, élève ou professeur, n’oubliait les conséquences de cet imprévu. Il mettrait les bouchées doubles en revenant, et tous ceux qui auraient le malheur de croiser son chemin subiraient les conséquences de sa mauvaise humeur. Diana n’y échapperait pas. Il ne lui avait donné que des consignes très vagues avant de partir.

Le mouvement s’acheva par un nouveau porté. Le groupe demeura immobile un instant alors que Biera allait éteindre le CD. Lorsque Cristobal reposa finalement Diana, le professeur annonça une pause, et elle ne retint pas son soupir de soulagement. Elle était sûre que ses pieds saignaient, il lui fallait vraiment une pause.

— Tu as une tête à faire peur, commenta Cristobal.

Il était mexicain, et son anglais avait un accent chantant. Diana ne répondit pas et s’affala sur le sol, transpirante, les jambes coupées. Dernière leçon de la journée, et il fallait en plus qu’elle supporte la vue d’Elena couronnée nouvelle mascotte de Mme Biera. La fatigue s’accumulait à l’énervement et au désespoir d’avoir oublié sa bouteille d’eau. Elle n’était pas loin pourtant, posée sur un banc du vestiaire. C’était la faute de Meldornov. Depuis un mois, il s’était calmé à son égard. Le changement était presque invisible, mais Diana avait compris que le danseur comptait l’inscrire dans la durée lorsqu’elle avait remarqué qu’il lui lançait tous les jours une bouteille d’eau. Elle pouvait apporter la sienne, mais lui en avait décidé autrement. Il lui doublait aussi parfois ses leçons, mais elle savait parfaitement qu’il avait d’autres choses à faire que de consacrer tout son temps à une élève incapable de comprendre ce qu’il voulait lui enseigner.

Les élèves se précipitaient vers les barres, tous cherchant leur bouteille, un cache-cœur, ou simplement à s’asseoir. Deux garçons de treize ans passèrent devant Diana sans la regarder. L’un parlait de son week-end à Paris, et Diana se maudit en s’entraînant à penser à Liverpool. Le garçon était français et rentrait plus souvent qu’elle. Il voyait davantage ses amis qu’elle les siens, ou plutôt le sien. Bora. « Il demande toujours de tes nouvelles ma chérie » avait dit sa mère. Son ami lui manquait, il était plus intéressant que tous ceux qu’elle croisait à Londres. L’association l’avait presque sauvé, il savait ce qu’était la vraie vie, la dure, il avait les pieds sur terre.

Elena était soutenue par l’école de ballet de Madrid. Le Français était petit rat de l’Opéra de Paris. Cristobal avait elle-ne-savait quelle école du Mexique. S’ils ne venaient pas forcément de familles riches, ils ne manquaient de rien. Elle avait une bourse, et le soutien d’une association de bas-quartier dont tout le monde se moquait. A ses yeux, Bora avait bien plus de valeur que ses camarades…même s’ils n’étaient plus dans le même univers.

En cet instant, Diana aurait tout donné pour avoir la paix. Quelques minutes de calme, était-ce trop demander ? C’était sans compter sur le professeur Biera. Elle avait occupé Elena pendant un moment, et à peine l’Espagnole libérée aperçut sa deuxième élève préférée. Diana était assise sous la barre, les yeux fermés, un air de profonde lassitude sur le visage.

— Vous avez fait de grands progrès Diana, remarqua-t-elle. M. Meldornov serait content de vous.

Ladite soupira en entendant son nom. Elle ne serait pas tranquille. Et puis Meldornov, satisfait ? Ce n’était pas dans sa nature. Il lui remettait systématiquement une copie des vidéos, et Diana savait bien ce qu’elle voyait. Elle voyait du scolaire, pas ce que le Maître voulait. Pas une étoile en devenir. Pas ce qu’elle-même voulait. Elle voyait une pauvre fille incapable de décoller, incapable d’atteindre ses objectifs, incapable de trouver la porte pour sortir. Mme Biera pouvait être sévère lors des leçons, mais Diana la connaissait depuis trop longtemps pour ignorer qu’elle voulait l’encourager.

— Des progrès, mais pas aussi bien qu’Elena.

Elle s’aperçut trop tard de l’acidité de son ton. Ouvrant les yeux, elle vit Biera la considérer d’un air concerné.

Comme si elle en avait besoin !

— Je sais que M. Meldornov vous a expliqué, reprit patiemment l’enseignante. Chaque chose viendra en son temps, vous ne devriez pas vous en faire. Voulez-vous que je lui demande un indice ?

Diana répondit par un sourire qui devait lui donner l’air stupide, mais que son professeur interpréterait comme elle le voudrait. Comme si Meldo allait dire quoi que ce soit ! Il collaborait avec ses salariés parce qu’il y était obligé, mais malgré son emploi du temps surchargé il gardait la mainmise sur les grandes décisions. Les présentations entre autres. Elle n’était même pas sûre que Biera oserait poser la question fatidique.

La conversation se poursuivit sans que Diana n’y trouve quoi que ce soit de notable. Elle avait soif et les jambes coupées. Cristobal avait dû se lasser d’une conversation où il n’était pas invité et avait disparu. L’idée même de sa bouteille placée à quelques mètres la narguait de façon épouvantable, mais elle n’avait pas la force de se lever. Quelques instants plus tard, l’enseignante partit discuter avec le pianiste. Elle avait un déhanché que Diana aurait trouvé comique si elle n’en connaissait pas sa raison. Le fléau des danseuses. D’autres auraient contesté le nom mais c’était bien de ça qu’il s’agissait. Promise à une carrière internationale, la soliste Carmen Orez s’était brusquement interrompue après une chute lui brisant la hanche. Mal soignée, la blessure l’avait définitivement empêchée de danser. Après de nombreuses années d’errance entre les écoles de danse, un mariage, un divorce, et un remariage, elle avait été engagée par Meldornov. C’était une bonne prof, sévère mais plus supportable que le directeur.

— Je peux te poser une question ? reprit Cristobal en revenant s’avachir à côté d’elle.

— Quoi ? soupira-t-elle.

— Pourquoi Biera t’appelle par ton prénom ? T’es la seule à recevoir un traitement de faveur.

C’était vrai. Tous les élèves avaient droit à du Monsieur/Miss, mais pas Diana.

— Je n’appellerais pas ça comme ça, soupira-t-elle. Ça fait longtemps qu’elle me connaît, elle m’a vue pleurer dans un placard lors de mon premier mois ici.

Ce n’était que la première crise d’une longue série. Diana se souvenait avoir été à douze ans une gamine pleurnicharde, mais elle avait des excuses. Meldornov n’avait pas apprécié son niveau consternant. Il la recevait alors une fois par semaine et se montrait absolument imbuvable. A sa première leçon, Diana était ressortie en pleurant après dix minutes. La semaine suivante avait été le même cirque, et celle d’encore après. C’était à ce moment que Biera l’avait trouvée à pleurer dans un placard où elle n’aurait jamais dû se trouver. Diana avait déjà plusieurs fois supplié sa mère de la laisser revenir à Liverpool, mais pas une fois elle n’avait cédé (bien que Diana comprenne maintenant que ça lui avait fait aussi mal). Carmen Biera avait finalement été celle qui l’avait écoutée et aidée à tenir. Si leur lien était toujours resté celui d’un professeur et de son élève, Diana lui était énormément reconnaissante.

Sans Biera, elle aurait perdu sa place. Le Royal Ballet, et l’Institut par extension, vantaient dans leurs prospectus de mettre l’intérêt de l’enfant en premier. Vivre loin de sa maman avait été difficile pour elle, et certains avaient pensé qu’elle serait mieux « auprès de sa famille ». Dans la tristesse du trois pièces de Toxteth. A penser à sa chance passée. Diana n’avait jamais su comment elle avait au final pu rester, mais il lui semblait que Meldornov s’était après ça un peu adouci. Peut-être. Difficile de savoir.

— Et lui ? reprit le Mexicain sans qu’il ne soit nécessaire de préciser de qui il parlait. Il t’a aussi trouvée dans un placard ?

— T’as dû mal entendre, il m’appelle Dwayne.

Tout le monde avait droit au même traitement, mais l’avantage d’avoir un nom de famille également porté comme prénom était que ça sonnait moins mal pour elle que sur d’autres.

Cristobal reprit une gorgée d’eau, Diana en profitant pour se maudire encore. Toute une après-midi de danse l’avait assoiffée. Elle lui aurait bien demandé quelques gorgées, mais avant qu’elle puisse ouvrir la bouche il avait terminé la bouteille.

— Il t’aime bien, reprit son partenaire.

— Il n’aime personne.

A part lui-même et quelques-unes de ses amies. Quoiqu’on pouvait encore douter du dernier point. Elles ne venaient pas souvent à l’Institut, mais quelques rumeurs disaient qu’il en changeait souvent. Les sources étaient surtout la presse people, mais le Sun avait d’après Yoko quelques bonnes surprises.

— T’es pourtant la seule boursière de l’Institut. Il paraît qu’il en a refusée une autre en janvier.

— C’est pas mon problème. Je ne sais même pas ce qu'il m'a trouvé.

— Tu penses que c’est de la charité ? Ton quartier...

— Je sais. Et peut-être.

Ou peut-être que non.

— T’as qu’à lui demander, reprit-elle. On peut prendre rendez-vous.

— Je sais. Yoko dit que tu l’as fait ?

Diana n’avait pas parlé à qui que ce soit de sa discussion dans le bureau. Même à Elena, sa voisine en âge. L’information avait tout de même circulé, au point que Diana soupçonnait la Japonaise d’avoir planqué une caméra dans chaque couloir.

— Et alors ? soupira-t-elle.

— T’énerve pas, c’était juste pour savoir. Tu parles pas trop en ce moment.

— Meldo t’aime bien, intervint Elena en venant s’agenouiller à côté d’eux. Il m’a dit avant de partir que tu ferais mieux que moi.

Alléluia ! Elle avait peut-être encore un espoir de partir avant ses quarante ans. Quoique non, réflexion faite, même pas. Meldornov avait trop relevé la barre. Il attendait beaucoup plus qu’elle que d’Elena. L’Espagnole ne devait pas le savoir, sa grimace était suffisamment éloquente pour qu’elle n’ait pas besoin de mots.

— Je te rappelle que c’est toi qui sors, répliqua Diana avec gentillesse (un miracle).

— Tu penses que c’est pour ça qu’il est encore pire que d’habitude ?

— Tu vas danser avec lui et la compagnie devant un opéra plein. C’est normal qu’il en demande plus.

— J’ai quand même l’impression qu’il est plus sympa avec toi.

— Si c’est le cas il ne fait pas exprès. Il te traite comme une danseuse ; moi je suis une élève, c’est pas la même chose.

— Il te voit parfois deux fois par jour, intervint Cristobal.

— Parce qu’il pense que j’en ai besoin, soupira Diana qui avait de plus en plus l’impression de subir un interrogatoire.

— Il t’a prise en exemple la dernière fois où il était à ce cours.

— J’étais juste à côté de lui.

— Vu ta tête, ça ne te dérangeait pas tant que ça.

— T'aurais préféré que je dise non ?

Ils croyaient quoi, qu’elle aimait être là ? Non, cent fois non, elle voulait partir, comme eux tous. Ils avaient raison de dire que Meldornov avait changé, parce qu’il avait changé, mais ce n’était peut-être pas la peine d’en faire tout un fromage !

— Vous savez quoi ? reprit-elle en pesant chaque mot. Meldo fait ce qu’il veut, et si vous voulez tout savoir, je le subis autant que vous. Cristo, demande un sursis à Biera pour moi s’il te plaît, je suis vraiment fatiguée et j’ai besoin de quelques minutes en plus. Lena, tu peux prendre ma bouteille dans le vestiaire ? Elle est sur le banc.

Ils s’éloignèrent, et Diana put souffler. Ce n’était vraiment pas passé loin. Si elle ne sortait pas très vite, les autres allaient comprendre que Meldornov lui en demandait plus. Peut-être qu’ils comprendraient mieux la raison qu’elle d’ailleurs, mais Diana en doutait. Il ne fallait même pas qu’ils l’effleurent ; si quelqu’un devait comprendre, ce serait elle. Le directeur pensait qu’elle pouvait mieux danser ? Elle verrait bien s’il avait raison ou pas. Le seul ennui était qu’il risquait de vouloir la garder jusqu’à ce qu’elle atteigne le but qu’il voulait…et elle était déjà la doyenne de l’Institut.

Elle ne danserait jamais aussi bien que lui, mais il fallait qu’elle donne le change.

— Je t’ai aussi pris une barre, dit soudain Elena en lui fourrant un paquet dans les mains. T’as vraiment une sale tête.

— J’essaie de m’en sortir.

Diana avait depuis longtemps compris qu’Elena aimait le spectacle. Maintenant qu’il n’y avait plus personne d’autre pour l’écouter que Diana, elle était plus gentille, moins acharnée. Toutes deux savaient qu’Elena avait gagné la partie, et elles se connaissaient depuis assez longtemps – quatre ans ! – pour être à peu près amies.

— N’abuse pas trop quand même. Tu devrais te reposer davantage.

Diana prit une gorgée d’eau. Sentir le liquide couler dans sa gorge lui fit du bien. Jamais plus elle n’oublierait de boire, cela elle se le jurait. L’hydratation était essentielle pour une danseuse, de même que l’alimentation. La barre que la jeune fille croqua était chocolatée ; ce n’était pas ce qu’elle préférait, mais le sucre était essentiel. Elle se sentit d’ailleurs aussitôt mieux, malgré son visage émacié, ses mains tremblantes, et ses pieds en sang.

— Je dors assez, répliqua-t-elle.

« Et t’es pas ma mère » faillit suivre, mais Diana se mordit la langue pour retenir son venin. Elena ne le méritait pas et ce n’était même pas réaliste ! Rose Dwayne n’avait plus à se préoccuper de sa santé depuis six ans. Elle le faisait, bien entendu, elle le faisait de loin, mais le véritable responsable était le médecin. Diana ne l’avait pas revu depuis la dernière visite médicale obligatoire, mais elle savait qu’il aurait été appelé si un professeur s’était inquiété pour elle.

Elena était bien gentille, mais elle ne comprenait définitivement pas.

— Di’, répliqua sa camarade, tu sais qu’on partage le même studio. Je t’ai entendue sauter à sept heures du mat’. T’es sûre que ça va ?

— Certaine. Je suis assez grande pour savoir ce que je dois faire ou pas tu sais.

Elle lui adressa un sourire encourageant alors que le professeur Biera les rappelait. Oh oui, elle savait ce qu’elle devait faire…

Ce chapitre est long, mais je n'ai pas réussi à le découper. J'espère que ça ne l'empêche pas de bien passer, dans l'attente d'une éventuelle version papier.

Je publierai normalement la suite la semaine prochaine. Le samedi est assez pratique pour moi, alors je crois que je vais me fixer dessus. Gardez un œil sur Calamus entre temps, je peux prérédiger quelques articles dans le train et les retaper dans la soirée. Et n'oubliez pas Le calame et la plume sur FB, ou mon compte twitter ;)

A bientôt !

Jeanne Ulet

Publié dans La Fille aux oiseaux

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