L'Enfant de Bruges et Gilbert Sinoué : au pays des maisons en escaliers

Publié le par Jeanne Ulet

L'Enfant de Bruges et Gilbert Sinoué : au pays des maisons en escaliers

Je suis allée à Bruges récemment.

Pour ceux qui l’ignorent, j’habite en Belgique. Le voyage n’était donc pas énorme, si bien que j’y suis restée assez peu de temps. La ville est magnifique ; la seule chose qui gâche son charme est sa trop grande orientation vers de le tourisme. Quand on ne voyait pas une boutique de bières, c’était les chocolats. Les touristes grouillaient dans la vieille ville. Le centre n’étant pas bien grand, vous devez bien imaginer combien on se marchait dessus.

C’était ma première fois dans cette ville. J’avais regardé Bon Baisers de Bruges (In Bruges en anglais), avec Colin Farrell et Ralph Fiennes (à regarder si vous aimez l’humour noir), mais un film ne remplace pas une visite. J’avais le temps, j’y ai fait un saut.

…j’admets que mes réflexes se sont très vites manifestés. Bruges est en Belgique flamande, je pensais donc limiter mes frais en évitant de mettre les pieds dans la première bibliothèque croisée sur mon chemin (malheureusement je ne pouvais pas en faire autant pour les chocolateries). Sauf que la ville a dû subir un entraînement de malheur pour réussir à attirer les lecteurs non néerlandophones.

Au milieu des maisons médiévales, des canaux, des briques et des escaliers, se cachait une FNAC. Sur la place du marché (ravissante par ailleurs), donc elle n'était pas si cachée que ça, plutôt inratable. Elle n’est pas bien grande, mais elle était là et je devais racheter un chargeur. Et puis je suis montée au rayon livres. Plus exactement au rayon littérature française.

Je MAUDIS mon absence de volonté. Ils sont sûrement moins bien achalandés qu’à Bruxelles ou Lille dans ce domaine, mais le rayon a le mérite d’exister. Je ne voulais rien acheter. J’ai pris deux bouquins (en me disant que j’étais « dans le thème » pour déculpabiliser. Oui, comme les Reines du shopping). Le premier est Bruges-la-morte de Rodenbach. Je ne l’ai pas encore terminé, je vous en parlerai plus tard. L’autre est L’Enfant de Bruges de Gilbert Sinoué.

Vous n'avez pas l'impression qu'il va vous bouffer sur cette photo ? (désolée, j'ai pas mieux)
Vous n'avez pas l'impression qu'il va vous bouffer sur cette photo ? (désolée, j'ai pas mieux)

1. C’est qui ce Monsieur ?

Je me suis posée exactement la même question en tombant sur le livre. Ça ne m’a pas empêché de l’acheter, évidemment, mais je me suis renseignée après. J’ai peur de ne pas pouvoir vous dire beaucoup plus que la fiche Wikipédia, mais il semblerait qu’il ait à son actif des chansons (de Sheila, ça date), quelques scénarii, et une trentaine de romans.

Il semble assez attiré vers les romans historiques. Plusieurs se déroulent en Orient, plus exactement en Egypte (il y est né en 1947 et a grandi dans les environs du Caire). Il n’est pas aussi spécialisé que Christian Jacq (romancier par excellence des dynasties égyptiennes). Un de ses romans les plus connus est Avicenne ou la route d’Ispahan, soit un biopic d’un humaniste perse du VIIIe siècle (Avicenne, le sieur en question, était de l’école philosophique du péripatétisme. Loin de concerner certaines travailleuses bien connu, l’école se fonde sur aimer se promener en discutant. Autrement dit vous en êtes si vous préférez marcher en étant au téléphone).

…Bref.

Gilbert Sinoué a publié son premier roman en 1987 (La Pourpre et l’Olivier, sur le pape Calixte Ier). Le dernier, L’Envoyé de Dieu, date de 2015 et raconte la vie du prophète islamique au travers de la mémoire du dernier survivant de ses compagnons. Il semblerait que l’année dernière ait été assez productive pour M. Sinoué, puisqu’il y a également publié L’Aigle égyptien et Le petit Livre des coïncidences (ne me demandez pas de quoi il est question).

Son site internet offre une description-fleuve de la vie de ce romancier approchant des soixante-dix ans. L’accent est bien sûr mis sur ses succès littéraires (parce que ça n’aurait eu aucun sens de parler de son goût pour la tarte aux pommes). Les sites d’auteurs sont forcément de belles pages de pubs, mais celui-ci est plutôt bien fait.

J'ai pas de selfie avec Van Eyck, mais voilà sa femme...
J'ai pas de selfie avec Van Eyck, mais voilà sa femme...

2. L’Enfant de Bruges

Je suis arrivée sur Gilbert Sinoué par L’Enfant de Bruges. Le roman débute en 1441, en plein cœur de la grande période portuaire. Le personnage principal, Jan, treize ans, est le fils adoptif du grand peintre Van Eyck. Il commence à peine son apprentissage lorsqu’une vague de meurtres s’abat sur l’Europe. Elle a débuté en Italie, et se rapproche peu à peu du pays flamands. Ces assassinats ne visent que les peintres. Lorsque la vague arrive à Bruges, Jan se trouve plongé en plein cœur…

Vous savez que je peux être extrêmement lyrique lorsque je me trouve face à un véritable texte littéraire. Un texte méritant le Goncourt, le Nobel, ou tout simplement la collection blanche de Gallimard. Rassurez-vous, je reste sous contrôle.

Je suis très mitigée sur ce roman. Ce n’est pas un des majeurs de Gilbert Sinoué, et je peux comprendre pourquoi. L’histoire est sympathique. On rencontre Jan Van Eyck, le sculpteur florentin Lorenzo Ghiberti, mais l’effet est le même que côtoyer Vermeer dans La jeune Fille à la perle de Tracy Chevalier. L’idée de l’auteur est probablement partie d’un tableau de même que pour le roman de Chevalier. Le cadre historique est bon, la trame cohérente, tout est là.

Je n’ai seulement pas ressenti l’étincelle de L’Elégance du hérisson. Ou de La Modification. Ou même de L’Amour comme par hasard. Je n’ai été attirée pour le dernier que par l’histoire romantique (ma faiblesse) et le cadre des années 50 (ma deuxième faiblesse), mais les deux autres m’ont frappée par leur style.

Serais-je devenue difficile ? Il y a quelques années, je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Là je ne sais pas. Je bloque un peu plus. J’avais aimé La jeune Fille à la perle, mais je l’ai lu lorsque j’avais douze ou treize ans. J’ai mûri depuis.

L’Enfant de Bruges fait passer un bon moment. J’ai bien aimé l’histoire (Jan est un bon rendez-vous pour un petit dîner sans prétention). Je trouve simplement que les personnages manquent de couleurs (ironique considérant qu’un des maillons de l’histoire est la peinture). Je veux dire, ils sont sympas, bien faits, mais ils n’ont pas la complexité d’un être humain. Rares sont les auteurs capables de décrire cette ambiguïté. J.K. Rowling y est parvenue. Etrangement, Zola un peu moins (oui, je m’attaque à un dieu. Et alors ? C’est mon blog je fais ce que je veux). Mon personnage préféré est d’ailleurs le seul à avoir un peu de profondeur. C’est un personnage très secondaire étrangement, puisqu’il s’agit de…Margaret. La femme du peintre. Qui disparaît après quelques chapitres.

Il paraît que le roman est étudié dans certains lycées…pourquoi pas. Je ne suis pas responsable des programmes, et si je pense que les professeurs auraient pu trouver mieux, il y a cependant bien pire dans le monde littéraire. Le roman ne va pas vous envoyer au septième ciel, mais c’est une petite lecture agréable.

…Et il existe en format poche chez folio (Gallimard).

Si vous tombez amoureuse du bouquin (ou même de Jan), n’hésitez pas à aller faire un tour à Bruges. La ville est trop pleine de touristes (sauf en hiver je suppose) mais elle en vaut vraiment la peine. Vous pourrez avoir une petite pensée pour moi à la FNAC ! Et si vous aimez vraiment les villes flamandes, j’ai entendu dire que Gand (Gent en néerlandais) en vaut la peine. A défaut, Bruxelles a une place notable et Brême (en Allemagne, la ville des musiciens) peut faire l'affaire.

Et même si vous n’êtes pas inspirés…n’hésitez pas à aller faire un tour sur Le calame et la plume ou Twitter ;)

Bien à vous,

Jeanne Ulet

Publié dans Coups de coeur

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