Le Floch, un policier au XVIIIe siècle

Publié le par Jeanne Ulet

Le Floch, un policier au XVIIIe siècle

Si comme moi vous aimez parcourir les librairies dès que vous passez devant (au point que j'en suis parfois à changer de trottoir), vous n'avez sûrement pas dû manquer les enquêtes de Nicolas Le Floch. Le dernier opus est sorti en octobre 2014 aux éditions JC Lattès, et se trouvera en Poche d'ici la fin de l'année. Les libraires adorent mettre le nouveau-né sur leur présentoir, et pour cause ! Il se vend bien.

Si vous n'en avez jamais ouvert un seul, par manque de temps ou d'intérêt, j'espère bien vous faire changer d'avis avec ce billet ! Parce que les Le Floch, c'est de l'or.

Qu'est-ce que c'est, d'abord ?

Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet sont une série de romans écrits par Jean-François Parot et se déroulant au XVIIIe siècle. Le premier opus, L'énigme des Blancs-Manteaux, se déroule en 1761. Le dernier en date, le douzième si je ne me trompe pas, se nomme La pyramide de glace et se déroule en 1784. Je ne l'ai pas encore lu, j'attends sa sortie en édition poche (question de "consistance" dans ma bibliothèque)

Je ne vous cache pas que j'attends avec impatience l'année 1789, mais je vous en parlerai plus tard. Le contexte historique est une chose, le fond une autre.

Les enquêtes de Le Floch, donc, sont des polars. Nicolas est un policier parisien, ancien clerc de notaire. Si son "statut" dans la police n'est pas très clair dans le premier livre, il devient dès la fin de celui-ci commissaire au Châtelet chargé des enquêtes extraordinaires, donc les plus sensibles et apparemment inextricables. Le titre du deuxième opus, L'homme au ventre de plomb, l'illustre assez bien je trouve. Ses enquêtes le mènent souvent à la Cour, à interroger les grands et découvrir des secrets d'Etat.

Ce serait en fin de compte assez banal (et malgré l'excellente plume de l'auteur) si ces histoires se passaient au XXIe siècle. C'est toujours plus facile d'écrire dans un univers que l'on connaît. Jean-François Parot, cependant, a choisi d'inscrire ses enquêtes au XVIIIe siècle. Donc avec tout ce que ça implique du point de vue du roman policier : les autopsies plus qu'hasardeuses, le système juridique de l'Ancien Régime, des croyances loufoques, et bien sûr la méconnaissance des techniques actuelles telles que les empreintes digitales...

L'histoire dans les romans

J'en parlerai plus tard, mais il se trouve que l'auteur, Jean-François Parot, est historien. Pour cette raison, ses romans apparaissent aussi réalistes que possibles (autant que ça peut l'être à nos yeux). A des années lumières de la plupart des romans historiques du marché en tout cas.

Le point intéressant est d'abord du point de vue purement historique. Les rues, les événements, les personnages sont parfaitement bien documentés. Pour ne citer que quelques personnages "réels", on peut parler du lieutenant-général de police Sartine et de sa marotte pour les perruques (véritable), de Louis XV et Louis XVI, ou de façon plus originale "Monsieur de Paris", alias le bourreau Charles-Henri Sanson (personnage extrêmement intéressant).

On apprend également certaines choses du point de vue de la civilisation (apparition de l'ancêtre du préservatif, médecine de l'époque, architecture) que de la cuisine. Plus exactement les romans regorgent de recettes de cuisine du XVIIIe (ça me paraît personnellement baigner dans le gras, mais nos papilles ont dû bien changer...)

Pour vous citer un élément précis, Nicolas est chargé d'une enquête sur l'apparition de deux femmes étranges dans le parc de Versailles. Deux femmes vêtues bizarrement, disparues aussi brusquement qu'elles sont venues. Cet élément est l'autre versant d'une affaire qui a fait un temps pas mal de bruit, celui du voyage dans le temps en 1901 d'Annie Moberly et d'Eleanor Frances Jourdain. Elles disent être allées un jour visiter Versailles et avoir fait un court saut au XVIIIe siècle. Ce n'est rien d'autre qu'un détail, mais il rajoute au charme et au réalisme du livre.

Les rapports sociaux sont également très intéressants, et je ne parle pas que des relations entre les trois ordres (aristocratie, clergé, tiers-état). Le Floch a un statut très particulier au milieu de tout ça, n'appartenant ni à l'un ni à l'autre. Et puis il y a le renseignement parisien, le milieu des filles de joie, le statut des étrangers...

Je vous parlais de 1789 tout à l'heure. La pyramide de glace se déroule en 1784, les romans s'approchent donc de la révolution. C'est un thème latent dans les romans : on sent très bien la montée d'une certaine pensée, la colère sourde, la monarchie figée. Cependant, comme je le disais un peu plus tôt, Nicolas a un statut assez particulier, aristocrate mais proche du peuple...alors quel traitement se verra-t-il réserver ? Finir comme le Roi auquel il est fidèle, la fuite, le ralliement... Vous savez ce qui s'est passé dans ces années, c'est une véritable mine d'or pour écrire, et j'espère que Parot ne nous décevra pas.

En dire plus me forcerait à noircir des centaines de pages. Pour plus d'informations sur le côté historique, et de surcroît extrêmement bien documenté, je vous renvoie au site dédié à Nicolas Le Floch ici.

Rien n'est parfait

Vous l'avez peut-être remarqué, j'écris une critique en commençant par le volet élogieux avant d'embrayer sur ce qui me gêne. Je ne suis pas la seule utiliser cette méthode bien sûr, mais c'est la plus claire.

Alors, ce qui m'a déplu dans la série ? J'aurais pu vous faire un billet sur un bouquin que j'ai détesté, ça viendra peut-être, mais ce n'est pas pour maintenant. Peu de choses me déplaisent dans la série des Le Floch, mais comme le dit le titre de cette sous-partie, rien n'est parfait...

1) Les longueurs : Jean-François Parot en fait DES TONNES. Parfois trop. Les descriptions sont très bien, les pensées de Nicolas sûrement très utiles, mais quelques phrases pourraient être enlevées à droite et à gauche sans que cela ne nuise à la qualité de l'œuvre. Je me souviens par exemple d'un passage dans une cave où les corps de la fosse commune des Innocents débordent... Et bien beurk.

2) Un manque de continuité : Nicolas suit souvent deux enquêtes à la fois, ce n'est pas cet élément qui me dérange. Cependant je m'y perds. Peut-être que je lis trop vite aussi, mais entre tous les personnages, les lieux, les secrets d'Etat, les histoires familiales, je finis par être extrêmement confuse. Au point qu'il m'est plusieurs fois arrivé de sauter plusieurs pages et d'aller au chapitre suivant. C'était plus simple.

3) Des détails qui ne servent à rien : Cela rejoint mon premier point, et vous pouvez facilement répondre que ça rajoute au réalisme du livre. C'est vrai, mais franchement, qui s'intéresse au fait que Nicolas ait joué avec le chien avant d'aller caresser sa jument et finalement de sortir à pied ? C'est un exemple, mais je trouve ça, à la longue, horripilant.

Et l'auteur dans tout ça ?

Jean-François Parot est ethnologue de formation, diplomate par vocation. Licencié en lettres, spécialisé en momification égyptienne, il s'est orienté vers ce qui deviendra sa carrière après son service militaire au Sénégal. Sa carrière l'a principalement mené en Afrique, dont il est un des spécialistes : vice-consul à Kinshasa, conseiller d'ambassade à Ouagadougou, ministre conseiller à Tunis et ambassadeur en République de Guinée-Bissau...entre autres.

Malgré ces activités probablement trépidantes, son idée des Le Floch lui est venu lors de son poste de conseiller d'ambassade à Sofia. Il transmet dans ses ouvrages sa passion pour les arts culinaires (il a activement participé à la promotion de la gastronomie en diplomatie durant son poste d'ambassadeur), et a même gagné certains prix à ce sujet.

Jean-François Parot est aujourd'hui âgé de 68 ans et est à la retraite depuis 2008. Il est également l'auteur d'un Essai nommé Structures sociales des quartiers de Grève, Saint-Avoye et Saint-Antoine : 1780-1785, mais ses œuvres principales demeurent les enquêtes de Nicolas Le Floch (par ordre chronologique) :

  • L'énigme des Blancs-Manteaux (2000)
  • L'homme au ventre de plomb (2000)
  • Le Fantôme de la rue Royale (2001)
  • L'Affaire Nicolas Le Floch (2002)
  • Le Crime de l'hôtel Saint-Florentin (2004)
  • Le Sang des farines (2005)
  • Le cadavre anglais (2007)
  • Le Noyé du grand canal (2009)
  • L'Honneur de Sartine (2010)
  • L'Enquête russe (2012)
  • L'Année du volcan (2013)
  • La Pyramide de glace (2014)
  • L'inconnu du pont Notre-Dame (2015 : ajout au 06/02/2016)

L'adaptation télévisuelle

France 2 diffuse les enquêtes de Nicolas Le Floch depuis 2008. Il y a actuellement cinq mini-saisons de diffusées, une sixième à venir cette année. Chacune n'a pas plus de deux épisodes.

Le générique est bien, la reconstitution historique pas mal malgré quelques erreurs (Paris est entre autres trop propre : je suppose que ça passe mieux à l'écran avec des rues nickel, mais il faut se rendre à l'évidence, le Paris du XVIIIe siècle était un ennemi de l'hygiène). Je reprocherais surtout à la série d'avoir diffusé des épisodes non tirés de romans. Déjà, la première saison s'ouvre avec Le Fantôme de la rue Royale et non les Blancs-Manteaux, mais cela peut encore aller. Mon souci se trouve dans les saisons 3 et 4, pas un seul épisode ne vient d'un roman de Parot ! Vous y croyez vous? Heureusement, la production s'est vite reprise, et si la sixième saison n'était à l'origine pas destinée à voir le jour, je pense qu'elle apparaîtra en septembre sur nos écrans ;)

Alors, qui va se laisser tenter ?

Bien à vous,

Jeanne Ulet

Publié dans Les belles lettres

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White Bird 10/03/2015 15:34

Je le suis! Ça a l'air passionnant!

Jeanne Ulet 10/03/2015 18:05

Ça l'est ;)