From fifties with love

Publié le par Jeanne Ulet

From fifties with love

Bon, elle était longue cette pause sans critique littéraire, n’est-ce pas ? La dernière c’était Modiano le 29 janvier. Pfiou, ça fait une éternité ! Je sais que je n’ai pas chômé entre temps, j’ai rattrapé le retard pris sur fictionpress et il fallait que je le fasse. Mais quand même. Depuis le temps que je vous le promettais ce billet !

Alors, comme je l’annonce depuis au moins deux semaines, je vais aujourd’hui vous parler du roman L’amour comme par hasard.

La maman se nomme Eva Rice, écrivain peu productive (d’après son compte Tweeter tous les sept ans, mais je n’ai pas compté pour vérifier) mais au talent affirmé. Je ne peux pas vous parler d’elle, simplement parce que je ne ferais que spéculer. Eva Rice n’a pas de fiche Wikipédia, elle tweete mais je n’ai pas pu la trouver sur Facebook (en revanche j’ai trouvé la page d’une épicerie indienne). Elle appartient donc à la cohorte de ces écrivains très discrets, en totale contradiction avec Musso, Pennac, ou Modiano (sans offense pour les trois cités, c’est une constatation)

Le miracle d’une offre de la Fnac du les Livres de Poche m’a permis de découvrir ce roman. Vous connaissez le système de deux achetés/le troisième gratuit ? Il existait déjà il y a environ deux ans, et j’ai eu l’occasion d’en profiter (d’habitude je me retiens ou je dévalise le magasin) J’ai honnêtement totalement oublié quels étaient les deux livres initiaux dans lesquels je voulais investir, mais le livre gratuit que j’ai choisi au pif et de mauvaise grâce s’est avéré être L’amour comme par hasard.

Je sais, le titre est un peu…comment dire…rose-guimauve-dégoulinant. En le lisant la première fois franchement, j’ai cru que j’allais tomber sur un style soap mélangeant Jane Austen et Girl next door. Sauf que non. Eva Rice a écrit son livre en anglais, et celui-ci se nomme The lost Art of keeping Secrets. Lost Art comme le surnomme l’auteur sur Twitter. L’art perdu de garder des secrets. J’aurais honnêtement préféré que les traducteurs gardent cette version, surtout à cause d’un effet de style plutôt réussi à la fin (et non je ne vous dirai pas lequel, allez donc lire bande de petits curieux !)

L’Amour comme par hasard, donc, c’est un roman. Il met principalement en scène Pénélope Wallace, aristocrate londonienne désargentée. Elle a l’âge de se marier, prend des cours de littérature et d’italien, et porte comme un fardeau Milton Magna Hall, maison familiale tombant en ruines depuis la mort de son père. Elle est amie avec Charlotte Ferris, originale issue du même milieu social. Ensemble, elles évoluent dans une société en pleine évolution, où la richesse prévaut sur le sang, au début de la mode américaine.

Vous l’aurez deviné, c’est un roman vintage. Ou plus exactement dans le monde vintage. L’action se déroule entre 1954 et 1955. Eva Rice y parle Sheekey et Dior, une fête est organisée au Ritz, et tout cela sur un fond d’Elvis Presley et Johnnie Ray. Et le jazz. Et le champagne…

L’ambiance est parfaitement posée. En parcourant les pages, je marchais avec Pénélope dans le Londres de l’après-guerre, découvrais les cocktails et les hamburgers, tout en rêvant du prince charmant qui ne manquerait pas de m’entraîner loin des malheurs de la pauvreté…

Je ne peux pas dire qu’Eva Rice a raté son affaire. Elle réussit à faire rêver sans pour autant tomber dans le conte de fées. Il y a bien un soupçon de magie : pour des raisons complexes, Pénélope joue la comédie pour devenir le sweetheart du cousin de Charlotte, Harry Delancy. Harry Delancy, le prestidigitateur de talent.

Pour autant, est-ce qu’Eva Rice est de la grande littérature ? Je ne pense pas. Au-delà de la fresque historique, le roman ne fait pas réfléchir (alors qu’il faut admettre que les textes littéraires modernes nous poussent à nous arracher les cheveux). C’est juste un bouquin pour passer un bon moment. Mais ce n’est pas Jane Austen non plus. J’aime beaucoup ce qu’elle a écrit, mais Orgueil et Préjugés ressemble à Raisons et Sentiments, qui ressemble à Mansfield Park lui-même identique à L’abbaye de Northranger… Et je m’arrête là. Sans compter toute la dimension rose/guimauve/ça finit bien des œuvres de Jane. Mais je ne lui jetterai pas la pierre pour autant (peut-être même que je ferai un billet…)

La valeur des grands romans se trouve en partie dans la complexité des personnages, y compris les secondaires. Colomban, dans le Bonheur des Dames de Zola, est justement un exemple de cette dimension. Il a conscience de son devoir, ressent des choses, mais est tiraillé entre deux volontés contraires. C’est pourtant un personnage secondaire. Aucune des personnes peintes dans l’Amour comme par hasard ne parvient à ce degré d’achèvement. Même Charlotte. Même Pénélope.

POUR RESUMER :

Les plus : Le vintage (vous commencez à me connaître), et le talent de l’auteur qui réussit à nous transporter. Et le format poche.

Les moins : La traduction française du titre. Quelques longueurs. Personnages « plats ».

Cela dit, l’histoire est sympa et très bien écrite. On ne peut pas oublier ça, tout comme je ne peux pas omettre le fait qu’Eva Rice, si elle écrit peu, le fait intelligemment. Elle est également l’auteur de Londres par hasard, roman concentré sur une provinciale montant à Londres et dans lequel se retrouvent quelques personnages de Lost Art (oui, je parle comme Eva Rice, parce qu’autrement la phrase aurait été moche). Sa dernière œuvre est sortie en août 2014 et n’a pas encore été traduite en français il me semble (corrigez-moi si je me trompe). Elle se nomme Love notes for Freddie.

Une histoire de danse apparemment…et vous me connaissez, je saurais résister à la tentation. Parce qu’en matière de livres, j’ai une volonté de fer.

Jeanne Ulet

Publié dans Les belles lettres

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