Pearl Buck : l'américaine au pays du thé

Publié le par Jeanne Ulet

Pearl Buck; 1892-1973

Pearl Buck; 1892-1973

 

Ceux qui suivent la page Facebook se souviendront d’elle ; je l'ai déjà évoquée. Je n’ai pas d’auteur favori à proprement parler, mais s’il fallait faire un classement, Pearl Buck serait bien placée.

Née le 26 juin 1892 et décédée le 6 mars 1973, cet auteur de nationalité américaine est une passionnée de Chine. La jeune Pearl Sydenstricker a grandi à Shanghai, où elle a même appris le mandarin avant de connaître l’anglais, langue de ses parents. Elle revient ensuite en Virginie, y fait ses études, avant de rencontrer John Buck, ingénieur agronome. Ils se marient en 1917 et repartent aussitôt en Chine.

Le couple voyage à l’est et l’ouest de la Chine, au Japon, avant de retourner aux Etats-Unis et de divorcer en 1935. Il ne semble pas que Pearl retourne vivre en Orient après cette date, mais son œuvre littéraire est empreinte de ces voyages.

Vent d’Est, Vent d’Ouest paraît en 1930. C’est sa première œuvre romanesque. Elle est rapidement suivie par la trilogie de La Terre chinoise (La Terre chinoise, Les Fils de Wan Lung, La Famille dispersée). Son œuvre littéraire est conséquente, il faut compter une trentaine de romans, onze recueils de nouvelles, deux récits biographiques, des livres jeunesse, des œuvres qualifiées de « non romanesques » et même la traduction d’un livre chinois. En tout, presque une centaine d’écrits. Aussi bien que Germaine Acremant.

Pearl Buck : l'américaine au pays du thé

Sa prolixité a été récompensée par le Prix Nobel de Littérature en 1938, par un cratère de la Lune nommé en son honneur (je VEUX), ainsi qu’une nomination au National Women’s Hall of Fame (distinguant les citoyennes américaines s’étant illustrées dans divers domaines).

L’œuvre de Pearl Buck est remarquable en deux choses :

Tout d’abord, l’importance de la Chine dans son œuvre. Elle parle d’une époque qu’elle a vécue, et de ce fait sort de la vision romanesque que d’autres peuvent avoir (c’est anachronique, mais je pense au Geisha d’Arthur Golden. Malgré ses efforts de recherche, Golden n’a pu que s’appuyer sur des récits et non son expérience personnelle).

Tous ses écrits ne parlent pas que de la Chine, bien sûr. Reste que Pearl Buck a écrit ce qu’elle a vu, ce qui rend la documentation assez intéressante du point de vue historique (comme pour les romans de Jane Austen). On y aperçoit la confrontation du monde moderne avec la vieille Chine. Le poids des traditions telles que les pieds bandés, le mariage arrangé, les concubines, s’affrontent à l’arrivée des étrangers (américains) et leur modernité. C’était l’âge d’or des Etats-Unis…

Vent d’Est, vent d’Ouest est le premier roman. Kweilan a été marié au troisième fils d’une vieille famille chinoise. Seulement il a étudié en occident… Son mari, non content d’exercer comme médecin occidental et de parler l’anglais, ne supporte pas ses pieds bandés et son obéissance. Elle se croyait destinée à porter des fils et servir son mari. Il la traite comme une égale.

D’autres romans sont extrêmement significatifs, Vent d’Est, vent d’Ouest n’est que la première œuvre. Ma préférée est Pavillon de femmes. Le personnage central, Madame Wu, est à la frontière parfaite entre l’ancienne et la nouvelle Chine. Elle a été mariée, mais ses pieds ne sont pas bandés. Elle donne une concubine à son mari pour éviter de tomber enceinte après ses quarante ans (une honte apparemment), mais souffre lorsque son époux se tourne vers les maisons de fleurs (autrement dit les maisons closes). Sa relation au monde mériterait un article, voir un livre entier…

 

1938 : Pearl Buck reçoit le Prix Nobel des mains du roi de Suède

1938 : Pearl Buck reçoit le Prix Nobel des mains du roi de Suède

Je n’ai pas tout lu de Pearl Buck. Pivoine est pas mal, mais l’abnégation de l’héroïne est irritante (et un certain David mérite des claques). Madame Wu de Pavillon de femmes est rationnelle jusqu’à en devenir écœurante. J’ai plus de tendresse pour Vent d’est, vent d’ouest, mais ma connaissance de la littérature buckienne (j’ignore si ça se dit, et si non considérez que le mot vient d’être inventé) s’arrête là.

J’aimerais beaucoup lire Un Cœur fier. C’est son premier roman se déroulant aux Etats-Unis. Il décrit le dilemme auquel l’héroïne se confronte. Elle veut tout être. Epouse et mère, comme la société des années 30 le lui dicte, mais également elle-même. Et être elle-même, c’est être sculpteur.

Exceptionnel, n’est-ce pas ? J’ignore comment Un Cœur fier a été reçu lors de la publication, mais je trouve l’idée tout simplement géniale. Parce que la deuxième chose qui rend l’œuvre de Pearl Buck si remarquable, c’est son regard sur la place de la femme en société.

Je ne partage pas nécessairement les discours féministes, mais j’admire la façon dont Pearl Buck nous montre que non, le sexe « faible » ne se limite pas à obéir et concevoir (alors que la conception était encore largement répandue dans les années 30).

Il ne faut pas se méprendre. Je ne pense pas que les romans de Pearl Buck soient un hymne pour l’émancipation des femmes. Je ne pense pas qu’elle ait eu des idées extrêmement novatrices. Lorsque le roman avait été publié, cela faisait dix ans que le droit de vote était garanti aux femmes dans tout le territoire des Etats-Unis. Sa réflexion est beaucoup plus porteuse du côté de la femme chinoise. Chow Ching Lie, auteur du Palanquin des larmes et de Dans la main de Bouddha, était adolescente à l’époque. Le récit de son adolescence dans la Chine pré-maoïste, même après la révolution et la chute de l’empereur, raconte encore la place inférieure accordée aux femmes dans cette même Chine qu’a connue Pearl Buck.

Le modernisme des femmes dans la vieille Chine est-il son sujet de prédilection ? J’aimerais répondre que oui, si Un Cœur fier ne démontrait pas que l’intérêt de Pearl Buck était plus vaste. Je pense davantage qu’il s’agissait de son obsession. Eric-Emmanuel Schmitt fait une fixation sur le spirituel sans en prononcer le nom (ou du moins très peu), Guillaume Musso sur les aventures policières franco-américaines où rien ne paraît être ce qu’on croit, pourquoi pas Pearl Buck et la condition féminine ?

Après tout, elle a bien écrit Impératrice de Chine... Quoi de mieux pour évoquer la femme moderne ?

Publié dans Les belles lettres

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