A music for a death

Publié le par Jeanne Ulet

A music for a death

Ho ho ho!

Bonjour à tous!!

J'espère que vous avez passé de belles fêtes de Noël, que l'indigestion est passée, et que vous avez passé de merveilleux moments en famille et avec un bon livre!

Vous n'aurez naturellement pas manqué de constater que j'inaugure ici une nouvelle catégorie. J'ai en effet annoncé la semaine dernière (le 23 plus précisément) sur FB que je me lançais dans l'aventure concours de nouvelles/quais du polar. Je disais aussi que j'avais déjà participé à l'ancien format du concours, sans rien gagner malheureusement.

En fait, je l'ai fait deux fois. Les textes ne sont pas parfaits, mais ils sont assez jolis et c'est pourquoi j'ai décidé de vous les faire partager!!!

Le premier date de l'édition 2010 ou 2011, avec pour thème "Juste avant la nuit".

Enjoy!!

Silence.

Musique.

Les premières notes s’élèvent, toutes à la légèreté que requiert le morceau. Les vents sont en sourdine. La grosse caisse se tait. Les violons laissent lentement bouger l’archet, de crainte de dénaturer le morceau sacré.

Le chef d’orchestre agite sa baguette. Il règne en maître sur ses musiciens. Un mouvement à droite, un geste à gauche.

Et moi, debout, j’attends.

Deux mesures encore. Je lève mon archet.

Une mesure. Vais-je pouvoir jouer ? Suis-je capable d’exaucer son rêve ?

La lumière m’éclaire. Mes yeux se ferment, et je laisse mes doigts courir sur le manche du violon.

Ce soir, je joue pour Héloïse. Pour ma sœur.

Elle est morte…bien trop tôt pour que son passage éclair dans ce monde puisse réellement être appelé une vie. Elle m’a quittée… Et puisque je n’ai pas eu la chance de périr avec elle, je me dois de faire ce dont elle rêvait, de prendre sa place le temps d’une soirée.

Parfois, la nuit, je rêve que tout cela n’est qu’un mauvais cauchemar, et que le lendemain, elle sera là, à m’éveiller au son de son violon.

Pouvez-vous croire au lien qu’entretiennent les jumeaux ? Moi oui. Héloïse était mon double, ma semblable. Elle est née juste avant la nuit, et moi deux heures plus tard. Je l’aimais tellement…

Elle a toujours aimé le crépuscule. C’était son heure. Le temps où elle aimait sortir son violon, et me demandait de l’accompagner au piano. Nous adorions jouer ensemble. Elle avec le stradivarius de notre père, moi avec mon Steinway.

La vie sans ma jumelle n’est plus qu’une demi-vie. Des vingt-cinq ans que nous avons partagés, aucune n’a fait quoi que ce soit sans l’autre. Notre première rentrée… Nos sorties… Héloïse refusait d’aller dehors avec son copain, si je n’étais pas là avec le mien. Elle soutenait mes chagrins d’amour, et moi les siens.

Notre premier cours de piano… Nos débuts au violon… Si nos chemins se sont séparés pour les concours, chacune était toujours là pour soutenir l’autre.

Inséparables…Jusqu’à la mort.

Ce soir, je vais mourir. Je joue avec son violon, puis je meurs.

Quelle autre solution ? Le décès d’Héloïse n’est pas dû au hasard. Elle a donné sa vie pour me sauver, mais son départ n’a été qu’un court sursis.

Car Il est toujours là… Croyez-vous que ce qu’on voit dans les films américains n’est que le fruit de l’imagination peu fertile des scénaristes ? Moi, je sais que non.

Laissez là tous vos clichés. Oui, on peut tuer pour quelque chose d’aussi futile que de l’argent.

Nous sommes juste avant la nuit. Le moment qu’Héloïse préférait, le plus propice pour jouer un air tendre, celui où la musique s’élève et atteint le ciel, celui où les peines s’envolent, et celui où je vais perdre ma vie.

Oui, j’ai accepté. Nous n’avons pas parlé, Lui et moi, mais en jouant, j’accepte mon destin. Il va me tuer comme Il a eu Héloïse. Maman me pleurera ainsi qu’elle avait pleuré ma sœur et mon père. C’est peut-être égoïste de ma part de la laisser seule, mais je sais que Lui saura la consoler.

C’est aussi son fils après tout…

Si Héloïse était encore avec moi, nous nous serions battues contre cette stupide guerre d’argent. Notre frère veut notre héritage, mais qu’il le garde ! Rien ne comptait plus pour nous que rester ensemble, et la musique.

Mais blesser notre mère, elle qui avait déjà tant pleuré à la mort de Papa, voilà qui est cruel et méchant.

Tout ça pour quelques millions…

Je n’ai pas changé de regard. J’admire le courage de Maman, qui a su faire face au décès de Papa, celui d’Héloïse, et qui devra bientôt supporter le fardeau du mien.

Moi, je n’ai tenu après le départ de mon père que grâce à Héloïse. Mais maintenant qu’elle n’est plus là, je ne suis rien.

Pensez que je suis lâche si vous le voulez. Mais j’aime ma sœur. Notre relation est celle que seuls les jumeaux peuvent comprendre. J’ai vécu vingt-cinq ans en face de mon double, à partager son existence, et brusquement je me retrouve sans reflet. C’est pire que d’être amputé d’un de ses membres.

Mon frère aura tout. En un regard, il a compris. J’accepte de partir, si cela lui plaît, mais je ne le fais pas pour lui.

Je le fais pour retrouver Héloïse. Et il m’a accordé cet ultime concert, cet adieu à la Terre.

Nous sommes juste avant la nuit. Mon archet glisse sur les cordes du violon. L’orchestre se tait à présent, et la salle n’ose souffler un mot. La musique a un pouvoir sans nom. A cette heure où le froid nocturne s’installe, elle réchauffe les cœurs et les membres, réunit les êtres dans un même sentiment, l’amour de la beauté du son.

Quelques mesures encore.

Quelques pages sur la partition, même si je ne la vois pas.

La nuit s’installe peu à peu, mais c’est encore le crépuscule. Le meilleur moment pour donner un concert. Le meilleur pour mourir, tant que la paix et le calme règnent encore dans les cœurs et les corps.

Quelques mesures encore…

Dans une ultime caresse, l’archet effleure les cordes, puis se tait.

J’ouvre les yeux.

Ma mission sur terre arrive à sa fin. Héloïse m’a quittée, et moi j’ai achevé tout ce qu’elle n’avait pu faire. J’ai joué le concert d’Héloïse, sur le violon d’Héloïse, à la manière d’Héloïse. C’est ma manière de lui dire que je vais la rejoindre, et je sais qu’elle m’attend déjà.

La salle se tait. La beauté les a tous rendus muets. Qu’ils continuent donc ! Je dois me recueillir, pour mieux retrouver ma sœur.

Il est là, au fond, diable donneur de mort. Son regard dur croise le mien. Il hoche la tête en signe de remerciement pour le don que je lui fais, tandis que luit brièvement, dans l’ombre, la lueur du canon. Ai-je entendu la détonation ?

Je ne sais pas, je ne sais rien…

Un froid me saisit la poitrine. Docilement, je laisse mes yeux se fermer, ignorant les hurlements. Sur ma bouche se forme une dernière phrase, un dernier mot pour Elle.

- J’arrive…

De toutes les morts que j’aurais pu avoir, la mienne est celle qui me plaît le plus. En musique, pour ma sœur, et surtout juste avant la nuit.

Je me suis aperçue, en relisant, que beaucoup de choses étaient à refaire. Mon style a évolué depuis. J'espère néanmoins être bientôt en mesure de vous présenter ce personnage autrement, dans une autre histoire, et bien vivante!

Merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de liker Le calame et la plume, de me suivre sur Twitter, ou tout simplement de vous abonner ;)

Bien à vous,

Jeanne Ulet

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