...J'en ai trouvé un !

Publié le par Jeanne Ulet

...J'en ai trouvé un !

J’en ai trouvé, c’est vrai ! Je vous disais, un peu plus tôt, que je suis très difficile en littérature moderne. Il faut un miracle pour qu’un auteur « littéraire » actuel me plaise. Et bien le miracle s’est produit.

Je vous explique : on m’a offert pour mon anniversaire, un peu avant Noël, un livre étrange. J’avais demandé quelque chose de similaire c’est vrai, mais je ne m’attendais pas à quelque chose de si complet. Quel est ce livre vous me demandez ? Vous pouvez en voir la photo de couverture juste au-dessus : c’est un recueil des romans de Modiano, édité chez Gallimard (Quarto).

Vous avez sûrement entendu dire, fin 2014, que Patrick Modiano était devenu le nouveau Prix Nobel de littérature. En toute franchise, je ne savais pas qu’il existait avant d’entendre son nom un jour sur France info. J’ai commencé par aller voir sa page Wikipédia (oui, bon, je sais, mais c’était plus rapide), c’est d’ailleurs comme ça que j’ai découvert qu’il avait également gagné un Goncourt pour Rue des boutiques obscures.

C’est bien beau de se renseigner sur THE écrivain à la mode (un L apostrophe aurait fait moins joli), mais encore fallait-il que je lise quelque chose de lui, après tout c’était toute son œuvre qui avait été récompensée par le Nobel. Alors j’en ai demandé un pour mon anniversaire, et mes très généreux parents m’ont offert un recueil de ses principaux romans. Il y en a dix à l’intérieur (parmi lesquels celui du Goncourt justement), et je les ai dévorés.

Mon impression ? Difficile à décrire. Que Monsieur Modiano m’excuse, mais je partais avec un mauvais a priori. Pour moi, un écrivain moderne autre que les Guillaume Musso ou Marc Levy était chiant à mourir (j’avais dit que je suis difficile), parce que c’est la littérature actuelle tout simplement. J’ai été bien détrompée.

Modiano a un style très confus. C’est difficile de s’y retrouver, il utilise le « je », son personnage porte parfois son nom, il est très facile de penser que ce qu’il raconte lui est vraiment arrivé. Les thèmes de l’absence d’identité, du père, de la seconde guerre mondiale, reviennent de façon extrêmement récurrente. C’est très facile de penser qu’il s’agit d’une autobiographie, et le plus confondant est que justement, non. D’abord, l’époque. Il y a beaucoup de « je » sous l’Occupation, qu’il n’a pas connue (il est né en 1945).

Il semblerait (je ne suis pas spécialiste) que certains de ses romans ont un fond de vérité puisé dans son histoire familiale. C’est cependant difficile à déterminer à cause de l’usage de la première personne du singulier quelle que soit l’époque de l’histoire, et il est même difficile de savoir exactement qui a existé et qui est une invention. Et puis ensuite, il y a le cas de Rue des boutiques obscures, ou encore de Livret de famille ou Villa triste. J’ai particulièrement apprécié ce dernier, où le « je » est attribué à Victor Chmara, fausse identité inventée sans qu’on en sache la raison. Il pourrait être possible de trouver un lien entre les boutiques obscures et Villa triste, honnêtement cela mériterait une étude que je ne suis pas compétente pour effectuer.

C’est donc ma première impression de Modiano. Pour parler familièrement, les premiers romans que j’ai lu, c’est le bordel. On ne sait pas qui fait quoi, quand, pourquoi, et ma curiosité voudrait que tout soit clair, carré, précis, que je sache tout sur tout le monde. Les romans ont trop de fumée.

Pourtant, allez savoir pour quelle raison, j’ai adoré. Modiano se lit bien, c’est fluide, et pas du tout ennuyant comme on peut le penser pour la littérature française « moderne » (je n’aime pas ce mot). Mais quelle plume ! Je paierais cher pour savoir écrire comme lui, et je ne pense même pas que j’y parviendrais un jour, même à presque soixante-dix ans. Imaginez, j’étais dans mon lit, il était presque deux heures du matin et je commençais tôt le lendemain, et je n’arrivais pas à me séparer du livre. Ça faisait longtemps qu’un ouvrage ne m’avait plus fait cet effet.

J’ai beau lire de façon très visuelle (je « dépasse » les lignes pour visualiser les images des romans, comme un film), c’est dans certains cas plus difficile que pour d’autres. Là, aucun problème. Enveloppés d’une nappe de brouillard, je voyais Chmara avec son monocle, Dora Bruder fuguer dans la nuit, Louki lire au café Condé et arpenter les rues de Paris. Je pouvais sentir la cigarette froide et compatissait à la douleur de Jean-Pierre Choureau, et découvrais avec Bosmans l’ambiance étrange de l’appartement du professeur Ferne.

Je n’ai pas tout lu de Patrick Modiano (pas encore). Je voulais en acheter un nouveau (je garde mes libres très longtemps) à la Fnac, et puis je n’ai vu que ce que j’avais déjà lu. Parce que je manque de volonté j’aime aussi cet écrivain, je suis repartie avec un livre d’Eric-Emmanuel Schmitt (ce n’est pas impossible que j’écrive un article sur lui bientôt). Mais je ne m’avoue pas vaincue. Je réessaierai bientôt (mon porte-monnaie tremble déjà)

Donc si j’ai un conseil…lisez. Ça en vaut la peine, mais ne soyez pas surpris parce que vous ressentez une impression de « fuite », comme si l’histoire vous glissait entre les doigts sans que vous ne parveniez à la saisir. Parce que c’est exactement ça.

Jeanne Ulet

Publié dans Les belles lettres

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